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Après les deux longues heures de mix d’une première partie définitivement pénible, DJ Spooky est calmement monté sur la scène du Batofar pour démontrer que l’utilisation des platines ne se résumait pas uniquement à faire danser le public en enchaînant Das Efx et Coldcut. Armé de plusieurs processeurs d’effets raccordés à ses deux tourne-disques, d’un ou deux samplers contenant d’étranges ingrédients et d’une contrebasse électrique, le DJ new-yorkais s’est acharné sur ses machines plusieurs heures durant, afin de faire pénétrer son audience dans un univers parallèle rempli de rayons laser et de rythmiques saturées et tordues.

C’est avec une entrée en matière assez violente -proche de ce que pourrait donner une alerte rouge en temps de guerre intergalactique- que le « subliminal kid » s’est imposé. En faisant partir dans tous les sens son infinie collection de breakbeats décalés, et en balançant tout un tas de sons synthétiques stridents, DJ Spooky a tout d’abord brutalement surpris un public resté dans le bain du mix beaucoup plus « dansant » ayant précédé… Progressivement, grâce à quelques scratches tourbillonnants et un ou deux rythmes jungle légèrement plus accessibles, l’audience s’est de nouveau mise à bouger, pour finalement remuer à fond et se laisser guider par les gestes frénétiques du diabolique manipulateur de vinyles. Exhibant fièrement au devant de ses platines un 33 tours, John Cage meets Sun Ra, relativement représentatif de l’esprit de sa musique, le new-yorkais a ensuite fait glisser son mix de l’apocalypse électronique vers un free jazz complètement déstructuré. Une fois ses deux ou trois boucles de batteries -issues de Charlie Parker ou John Coltrane, et passées dans on ne sait quels effets- superposées et synchronisées, Spooky s’est alors adonné à la contrebasse électrique pour nous produire toute une succession de plans grondants, et à la limite de faire trembler les murs du Batofar.

Fermant les yeux et remuant très légèrement la tête à la mesure des beats déchaînés, DJ Spooky paraît serein, et à des milliers de kilomètres de cet imposant vacarme qu’il balance dans les oreilles d’une audience en furie. Finalement, il pose sa contrebasse de côté pour repartir dans un mix de plus en plus furieux, qui ne s’achèvera pas avant les deux heures du matin…