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L’affiche attire l’oeil: le bonhomme bleu coiffé d’un chapeau, maigres petits bras et long corps, semble se tenir les reins d’une main tandis que de l’autre il tient son pied en levant une longue jambe vers son visage. Le graphisme qui annonce l’exposition s’inspire de celui qui se retrouve sur certaines des oeuvres, singulières, que le public français découvre à la Halle Saint Pierre. Les artistes, aussi, sont singuliers. En 1939, à l’âge de 85 ans, l’ancien esclave Bill Traylor commence à peindre. En trois ans ce SDF réalisera près de 2000 dessins sur des supports de fortune, dont le fameux bonhomme bleu de l’affiche. « Petit blanc » fragile au destin tragique, Henry Darger laisse une oeuvre hallucinée, inquiétante sous une apparente normalité : journal météorologique dans lequel il comparait quotidiennement les prévisions avec la réalité, longue suite de tableaux développant l’histoire étrange de petits enfants dérangeants.
Inez Nathaniel Walker se découvre un don en prison, Lee Godie perd le sien quand sa fille la met dans une maison de retraite. Art intuitif ou art visionnaire, il naît parfois d’un rêve et devient prosélyte. Il génère quantité de diables et familles de diables du plus beau rouge, destinés à vous garder dans le droit chemin, et de tableaux foisonnants à visées éducatives. Le Révérend Howard Finster, « Worlds Minister of the Folk Art Church Inc. », numérote ses tableaux naïfs dont les commentaires courent jusque sur le cadre.
La jeune génération dérange aussi. Bart Powers et ses images de vertige au trait tremblé, William Dawson et ses étranges totems composés d’une superposition de têtes surmontées d’une perruque ou d’un animal, Denzil Good Paster dont les cannes sculptées femmes-deux-fois-mangées ont la tête dans la gueule d’un tigre et les pieds dans la gueule d’un alligator aux yeux de diamant, et bien d’autres. À découvrir.