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sur 5

En 1956, John Haley « Zoot » Sims a déjà une longue expérience de souffleur derrière lui. Au sein des orchestres de Goodman et surtout comme l’un des fameux four brothers du Second Herd de Woody Herman -dont le mouvement West Coast est issu- il a eu le temps de se faire une réputation qui lui collera aux semelles comme une tâche d’hydrocarbure : il est le plus swinguant des frères de la Côte, le plus enthousiaste, celui qui joue sur le beat avec un métronome dans la tête. C’est avant tout de cette relation particulière du saxophoniste avec le temps dont témoignent ces magnifiques sessions de janvier 1956, éditées ici pour la première fois dans leur intégralité. Avec Bob Brookmeyer, toujours aussi souple au trombone à pistons, comme interlocuteur, Zoot souffle à l’aise, parfaitement détendu, si bien que son phrasé apparaît encore plus délié, plus naturel que d’habitude (mais est-ce vraiment possible ?).

Ceux qui connaissent bien Lester Young retrouveront là-dedans le même genre de passion, de tendresse et de maîtrise de la décontraction que chez l’homme au saxophone penché -sans toutefois qu’une certaine démarcation entre les styles des deux ténors ne puisse être mise en doute. Et le fait que, pour assurer son tempo, Zoot ait fait appel à Gus Johnson, qui fut un temps le batteur de Count Basie, ne peut relever d’un innocent hasard. De la magnifique ballade Ghost of a chance au swinguant Them there eyes -le meilleur titre avec September in the rain-, c’est le même plaisir de jouer, le même bonheur, le même optimisme suintant au détour de chaque note. Avec son insignifiante photo et son design sobre issus du LP original, The modern art of jazz pourrait passer inaperçu. Il y a ainsi des disques qui ne s’imposent pas : on les découvre par hasard et ce sont souvent ceux dont on reste épris le plus longtemps.

1) September in the rain (Warren, Dubin) – 2) down at the loft (John Williams) – 3) Ghost of a chance (Young, Crosby, Washington) – 4) No so deep (Zoot Sims) – 5) Them there eyes (Tracey, Pinkard) – 6) Our pad (Johnson, Brookmeyer) – 7) Dark clouds (Zoot Sims) – 8) One to blow on (Zoot Sims) – 9) When the blues come on (Darwin, Cohn) – 10) Buried gold (Zoot Sims)

Zoot Sims (ts), Bob Brookmeyer (valve tb), John Williams (piano), Milt Hinton (b), Gus Johnson (dr)
Enregistré les 11 et 18 janvier 1956 à New York City