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3
sur 5

Murmur… Si R.E.M. n’avait déjà utilisé ce titre pour son premier album, il irait comme un gant à ce nouveau Yo La Tengo impatiemment attendu, son prédécesseur I can hear beating as one datant de trois ans déjà. Le trio de Hoboken, New Jersey (juste en face de Manhattan) livre en effet le disque le plus intimiste de son histoire. Intimiste dans sa thématique -l’histoire d’un couple, de sa formation à l’usure du quotidien en passant par les heurts petits et grands- que l’on imagine forcément nourrie par l’expérience d’Ira Kaplan et Georgia Hubley, non seulement guitariste et batteuse du groupe, mais aussi mari et femme. Intimiste également dans ses sonorités, laissant la part belle aux voix presque atones d’Ira et Georgia, à un orgue jouant en « drones », à une boîte à rythmes minimaliste et désuète façon Casio, et aux peaux et cymbales caressées aux balais plutôt que frappées. A ce sujet, il faut saluer une fois encore le boulot de producteur de Roger Moutenot, parfois à la limite du dub, tout en textures subtiles laissant sa part au silence.

Comme un bonheur n’arrive jamais seul, le travail sur le son, constamment passionnant, n’est pas là pour dissimuler d’éventuelles lacunes des compositions, mais au contraire pour magnifier des chansons qui ne vous quittent plus après quelques écoutes. Everyday et The Crying of lot G peuvent bien évoquer le Pink Floyd embrumé de Meddle, Saturday renouer avec le minimalisme envoûtant de Young Marble Giants, Cherry chapstick, exception noisy, aller chatouiller Sonic Youth, ou Tears are in your eyes se montrer digne des plus belles ballades du troisième Velvet, ces références ne se font jamais pesantes, et ne font que situer le niveau -très haut. And then nothing turned itself inside-out fait partie de ces albums exigeants qui ne se révèlent que progressivement pour ne plus cesser de vous hanter. Moins immédiat, sexy et aguicheur que le récent Whiteout de Boss Hog, autre œuvre de couple récente, mais finalement plus profond et attachant. Loin de montrer le moindre signe d’essoufflement, Yo La Tengo, au sommet de son art, signe ici une des plus belles pages de l’histoire du rock indé américain.