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C’est en 1998, sur les pelouses de l’Ecole nationale de musique de La Havane, qu’un groupe de six amis se lance dans des decargas vocales. Tous étudiants en musique, ils chantaient dans la chorale et avaient l’habitude de rester jusqu’à trois heures du matin pour répéter. Parmi eux, René Banos, actuel directeur musical de Vocal Sampling. « Nos amis et professeurs nous ont encouragés à monter un répertoire. On a commencé avec trois chansons a cappella et nous écoutions Manhattan Transfer, Take 6, Bobby McFerrin, pour nous familiariser avec la technique. »

Vocal Sampling, c’est à la fois un trio, un sextette, un big band, un orchestre de chambre… ou symphonique, et tout cela bien sûr sans autre instrument que la voix. Tels six Bobby McFerrin cubains (ils ont chanté en première partie de ses concerts), ils utilisent la voix humaine pour « reproduire » le son des trombones, des saxophones, des trompettes, et surtout, l’intensité polyrythmique et la complexité d’une section de percussions latines au grand complet. Il faut écouter ces six Latino-Américains souriants et très doués pour faire claquer, cliquer, crier, « zoumer » et « babadoumer » leurs voix pour évoquer les sonorités des claves, des congas, des bongos et de toutes sortes de cuivres. Qu’ils interprètent des airs sud-africains, brésiliens, du merengue ou de la musique cubaine, leur répertoire swingue. A cela, rien d’étonnant. Car avant de se lancer dans cette aventure a cappella, René Banos dirigeait un groupe de jazz. Un jazz traditionnel et de fusion, style Weather Report, Steps Ahead, avec des percussions cubaines et des rythmes afro-latins, qui teinte l’album Cambio de tiempo d’une couleur chatoyante et lui insuffle une extraordinaire vitalité, sans pour autant faire penser à du jazz.

« Jusqu’à présent, nous avons essayé d’aborder tous les genres de la musique populaire cubaine dansante et nous faisons en sorte que le répertoire soit essentiellement original avec quelques morceaux connus de la tradition cubaine. Mais en recherchant des mélanges sonores qui n’ont pas été essayé auparavant. » Les quatorze titres qui jalonnent l’album en sont manifestes, témoignant par ailleurs d’une orchestration brillante que l’on doit à Jon Fausti, « un génie du son avec une sensibilité musicale immense ».

Un son pa’cantar –premier titre- est une sorte de merengue avec un peu de son, un peu de pop, et beaucoup de percussions. Ay! venezuala va chercher du côté de la tradition vivante du joropo, alors que Mi Guantanamera est emblématique de l’esprit, de la culture et de la musique cubains. Ce qui frappe est la fluidité et le naturel avec lesquels le son pop (imitations de guitares, sections de batterie) s’intègre à ces chansons « tubes ». Les sections de cuivres soulignent la mélodie, toujours en relief, et les harmonies sont suffisamment complexes pour créer ce foisonnement auquel l’oreille ne peut rester insensible. Et quelle n’est pas la surprise quand dans l’introduction de Asi habla Zarathustra, les voix nous restituent une « guitare électrique », obtenant des effets de distorsion sur les aiguës !

Mais évoquer le talent de Vocal Sampling à ses seules prouesses vocales serait réduire leur art. Car leur musique est aussi -et surtout- poésie. Escaramujo est sans doute le titre qui l’illustre le mieux, par la sobriété des intonations vocales et la discrétion des arrangements -foisonnants mais toujours au service du texte. Parfois, leurs compositions peuvent être nostalgiques tant l’émotion passe dans la voix. On ne trouve rien à redire dans Cambio de tiempo et René Banos en est très satisfait. Avec Take 6, Vocal Sampling est l’un des rares groupes à vraiment comprendre et faire la démonstration du pouvoir du rythme et de la mélodie. Ces six Cubains ont démontré qu’ils pouvaient remplacer le plus performant des big bands, percussionnistes compris.

René Banos Pascual, Reinaldo Sanler Maseda, Abel Sanabria Padron, Renato Mora Espinosa, Jorge Nunez Chavanio, Oscar Porro Jimenez (vcl).