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sur 5

L’Anglais William Orbit est un producteur et remixeur très demandé depuis 1984, et publie des disques électroniques depuis 1990 (la série Strange Cargo, le projet Bassomatic). En 1998, il propulsait Madonna dans les charts mondiaux en produisant son revigorant album Ray of light. En 1999, il accompagnait les recherches de Blur sur leur « difficile » album 13, signe d’une diversité qu’il a toujours chérie, et qui l’a vu travailler au fil des ans aussi bien pour Pierre Henry et Kraftwerk que pour Belinda Carlisle ou Ricky Martin. De plus en plus surprenant, voici qu’en 2000 il nous revient avec un disque de versions synthétiques de morceaux classiques, qui nous fait dire que l’éclectisme a des limites. Ce projet de réinterprétations date en réalité de 1995. A l’époque, la sortie du disque avait été bloquée par le refus du compositeur Arvo Pärt de laisser Orbit manipuler une de ses œuvres, qui n’apparaît donc pas ici. Le terme « musique sacrée » n’est apparemment pas un vain mot dans la bouche de l’Estonien, et à l’écoute du résultat on comprend que c’est bien un blasphème qu’il a évité en refusant.

Musique « populaire » et « grande » musique se tournent autour depuis toujours. Mais entre le jazz progressif des 70s (Hubert Laws, Return To Forever…), les DJs qui mettent en boucle des motifs de maestros et les guitar heroes des 80s qui confondaient vélocité et virtuosité (à la Yangwie Malsteem), les réussites sont pourtant rares. De la synthèse maniériste de Rondo Veneziano aux incursions pop de Pavarotti, l’embarras est général mais culmine peut-être avec ces nombreux disques de versions symphoniques de standards pop : Phil Collins, Pink Floyd, les Stones, tous les gros poissons ont eu droit à ce traitement qui réduit la musique à un « agent d’ambiance », et cet album produit le même effet.

A partir d’une sélection sans risque (Satie, Ravel, Vivaldi, Beethoven, Gorecki, Cage…), Orbit revisite onze pièces au synthé, en entourant les mélodies de diverses nappes et en s’autorisant parfois boucles, petits bruitages et rythmes discrets. Le résultat est entre Vangelis et de la musique de film érotique soft début 80’s avec une intrigue romantique : tout bonnement impossible. Sa version de l’Adagio de Samuel Barber suit l’original de très près sans lui arriver à la cheville, mais le remix qu’en a fait le DJ Ferry Corsten en single, un truc aussi bourrin qu’efficace, avec des sonorités house stéréotypées, a été n°1 des Dance Charts anglais ! Un tube infâme et parfait, limite « Dream Music », qui nous ferait danser nous aussi si la nuit était avancée et confuse…

D’ailleurs William Orbit (de son vrai nom Wainright, 43 ans) décrit ce disque comme le compagnon idéal d’un retour de soirée à 7h du matin, pour « chiller » chez soi, et en effet il n’y a qu’en état de semi-conscience qu’on imagine tolérer ces vapeurs de musique. Il faut une concentration extrême pour rester attentif à ce disque tant les morceaux se ressemblent. Certains passages sonnent comme de la techno-ambient crédible quoique datée (Piece in the old style 1 & 3 de Gorecki ou le Triple concerto de Beethoven, plus enrichi soniquement), mais les mélodies jouées façon Bontempi à coups de nappes épaisses évoquent plus Eric Serra que les Ambient works d’Aphex Twin. Et alors que les rockeurs et trip-hoppeurs ont redécouvert depuis quelques années les vertus des vraies cordes (voir le travail de Craig Armstrong), ces symphonies de home-studio sonnent comme un retour vers un futur passé. Redonnez-nous Enigma !
On suppose que la promo de ce disque sera faite à la Universal (« Quand l’émotion éternelle croise un magicien moderne… »), c’est pourquoi, alors qu’un débat a récemment fait rage autour de la critique de cinéma, et vu le prix des disques, nous estimons d’utilité publique de fortement vous le déconseiller. Maintenant, si par curiosité malsaine vous vouliez acheter ce disque imposture, il suffit de cliquer sur le bouton prévu à cet effet.