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3
sur 5

Autant être clair : quitte à en souffler quelques-uns, dans Guarapero, il y a quelque chose qui ne marche pas comme ça devrait marcher. A glaner quelques échos, à fureter ici et là, on ne peut que se sentir perturbé devant de si nombreuses (et brillantes) péroraisons. Et, surtout, devant tant d’unanimisme appris. Entendons-nous bien : qui ne tarirait d’éloges, qui ne souffrirait d’aphasie brutale à l’écoute du désespérant Every mother’s son ou du déchirant Let the wires ring ? Oui, Will Oldham est indubitablement l’un des grands de cette décennie. Et nul doute que méconnaître son œuvre serait, pour tout mélomane non frigide qui se respecte, une grave erreur.

En ce sens, Guarapero fera largement l’affaire pour quiconque est avide de découvrir maintenant (allez, il n’est pas trop tard) le petit monde de Will Oldham, au même titre qu’il comblera toute une clique d’indécrottables collectionneurs diminués de ne pas être déjà en possession des 7 » distribués chichement et dont on retrouve ici même dix extraits (Drinking woman ; Gezundheit ; Big balls ; For the Mekons et al ; Every mother’s son et Patience). Ajoutons qu’un CD remplacera difficilement l’objet qu’est le vinyle. Il n’en reste pas moins que Guarapero irrite sensiblement et nous laisse sur notre fin non pas pour ses chansons (que demander de plus alors ?) mais en tant que « compilation de faces B et inédits ». La précédente compilation Lost blues and other songs, basée sur le même principe, avait deux atouts : ses chansons et son homogénéité, si bien qu’elle pouvait très bien être considérée comme un album en tant que tel. Guarapero possède un atout indéniable : l’intelligence de ses chansons. Mais aussi un inconvénient certain : sa trop grande hétérogénéité. On passe quand même d’un Drinking woman (extrait du premier single de Palace en 1993) à des inédits, tel le O Lord are you in need, écrits pour certains en 1998, en passant par des sessions radio de la BBC de 1995 (For the Mekons et al ; Stable Will un classique) et des morceaux contemporains d’Arise therefore (son meilleur album ?), c’est-à-dire de l’époque où Will Oldham jouait avec une boîte à rythmes (The Risen Lord, Boy ; Have you cum, versions éventuellement dispensables). Bref, soixante-cinq minutes d’un voyage toujours fascinant, éclairant, émouvant, mais aussi parfois, et avec tout le respect pour les fans invétérés, quelque peu indigeste.