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Contrairement au 8 mai 1999, le public est cette fois-ci venu en masse accueillir les miraculés du Wisconsin : le sardonique Gordon Gano qui ne cille pas, Guy Hoffman le batteur sautillant et souriant et l’impayable Brian Ritchie, déguisé en Elton John, quelque peu ventripotent. Les Violent Femmes ont l’air de venir cachetonner. Et dès le deuxième morceau, la salle réclame : « Du son ! » Ouf ! cette requête est celle de connaisseurs (on pouvait craindre de voir se radiner des fans des Louise Attaque). C’était peut-être un test d’ailleurs, car c’est vrai : les Violent Femmes se sont payé le luxe de commencer leur set avec un son si bas que l’on entendait, çà et là, les verres de bière se vider. Mais les Femmes, imperturbables, continuent dans le lo-fi avec un esprit de conquête tranquille. Et ça marche : tout le monde frétille aux accords country et hillbilly du groupe culte. Et soudain, enfin, au bout d’un quart d’heure, le son monte comme un coup de feu, avec l’arrivée de Sigmund Snopeck, le plus fabuleux des claviéristes en activité.

Plus tard, c’est au tour de la section cuivres de saupoudrer de free jazz les brûlots éternels du groupe qui a compté, en tout cas, et qui déroule facile aujourd’hui, en cohésion scénique, avec une puissance mature. Et confirme, s’il en était besoin, l’évidence des classiques tels que Blister in the sun, Do you like american music, Gone daddy gone (liste non exhaustive, évidemment). En 30 minutes, les Violent Femmes ont commis la prise d’otages parfaite. Elle a duré 1h30, durant lesquelles la démonstration de jouvence, de dextérité et du génie rock a tourné à l’acmé, jusqu’à la libération. Depuis, on souffre tous du syndrome de Stockholm… Bref, on sanctifie sans conteste les Violent Femmes : essentiels, mythiques et géniaux. Et s’ils ont pris de la bouteille, pas de doute, c’est du vingt ans d’âge qui fait toujours claquer le palais avec délectation et réchauffe l’estomac à coup de tatane.