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sur 5

Au Japon, les derniers DJs populaires s’appellent Fromage ou Gérard. En Allemagne, l’écurie Eleganz pêche dans le bon vieux champs lexical d’Outre-Rhin et nous sort Jean Michel, DJ fou estampillé Warp ou Kitty-yo. L’Allemagne nous délivre de la torpeur electro généralisée depuis une demi-douzaine d’années avec des musiciens anonymes aux ambitions fortes. Objectif : déboulonner les interminables poncifs des musiques électroniques actuelles. Grâce à une filiation irréprochable (Can, Neu!, Faust et Kraftwerk en tête), quelques devices techno-logiques et une foultitude d’idées à en faire pâlir les électronicistes de tous les pays. On avait eu droit à Pluramon, To Roccoco Rot, Schneider Tm et Genf ; arrive sur la scène peu éclairée du post-krautrock quelques nouveaux noms dont toute l’écurie du label Eleganz, nouvellement importé en France : Jean-Michel, Elektrotwist, Sankt Otten, Twen Tone One, Cubistic Pop Manifesto.

Contrairement à leurs contemporains qui s’inscrivent le plus souvent dans la directe lignée de Can, Milkwood et Neu!, l’école Eleganz marie le tout instrumental déjanté avec une vision transversale des cultures pop et jazz séculaires. Quand Sankt Otten se met à la chansonnette, on va au delà des territoires electropop scintillants balisés par les expériences des frères Lippok avec Tarwater. Une voix germanique décalée, des rythmiques cassées, un piano détuné, quelques nappes presque lounge accompagnent des riffs de guitares mixées façon musique contemporaine. La compilation Elektronik Jein est un grand bordel joyeux où toutes les tendances initiées par les artistes du label se réconcilient en toute quiétude. Le disque, toute en cohérence, alterne en douceur la contradiction des genres musicaux. Les titres s’enchaînent en contrepoint rythmiques ou mélodiques, traçant peu à peu une géographie complète des paysages électroniques en vogue.

Avec un album solo, Jean Michel apparaît comme l’artiste central du label Eleganz. Marshmallow Rooms signe un véritable tour de force électronica. Apôtre du sampler à tout va, Jean Michel construit un univers onirique très loin du techno-romantisme ennuyeux de la plupart des autres productions du genre, Moby ou Mirwais en tête. Les samples acoustiques très présents (flûte, pianica, cordes) apportent à l’album des couleurs rares pour un solo machinique. On s’en voudrait presque de ne pas avoir connu l’artiste plus tôt et d’avoir loupé ses précédents albums, perdus dans la surproduction musicale ambiante.