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4
sur 5

Ceci est une compilation de house music ; c’est aussi le disque d’une soirée à la mode à NY. Non, ne partez pas, c’est de musique ici qu’il s’agit. Dans l’univers de plus en plus capitalistique de la musique électronique de danse subsistent en effet quelques rares îlots où l’on ne parle pas de succès rapides, de pétasses à gros seins et de DJ-stars à 100 KF plus avion, hôtel et frais divers, mais de plaisir. Le plaisir d’écouter la musique avec son corps, sans se préoccuper de son apparence, de pilules à trouver avant minuit ou de « où sont les stars, il paraît que Madonna est là ». Body & Soul, la soirée qu’animent Joe Claussel, « notre » François Kevorkian et Danny Krivit de 17 à 24 heures tous les dimanches au Club Vinyl, dans le quartier de Tribeca à New York, fait partie de ces endroits rares où, effectivement, il est encore question de plaisir. Imaginez un peu : vous entrez dans le meilleur club du monde (14 $) et, là au lieu de voir ces bimbos en soutien-gorge en fourrure qu’affectionnent tellement Muzik et Mixmag depuis quelques années, vous voyez des types en jeans et baskets, d’autres torse nu, des Noir(e)s, des Blanc(he)s, des Jaunes, et même… des mecs en short, tous réunis pour célébrer le culte souterrain de la bonne musique, comme au Loft dans les années 1970, comme au Paradise Garage dans les années 1980. Et les gens réagissent à la musique, communient avec les percussions qui montent jusqu’à exploser dans les breaks, reprennent les refrains, applaudissent, et dansent, et dansent.

Ce disque, naturellement, ne donne qu’un aperçu de cette ambiance unique et privilégiée. Il illustre cependant assez bien le secret de cette soirée : l’amour avec lequel ses trois animateurs, vieux routiers du clubbing new-yorkais (25 ans de bon et loyaux services au service du disco pour François K), choisissent les disques avec lesquels ils vont faire voyager leurs hôtes. Au milieu des multiples compilations frelatées qui inondent aujourd’hui le marché dance, celle-ci offre un souffle de fraîcheur bienvenu et, pour autant qu’on puisse le résumer sur 75 minutes, assez représentatif de l’esprit Body & Soul : productions du team local (Snowboy, remixé par Joe Claussel, le Philly’s Groove produit par Romain et Danny Krivit), house vocale (Hardrive 2000, l’un des multiples spin-off des Masters at Work), néo-afro-beat (Soul Ascendants, de chez Nuphonic), latin-house… ou encore, surprise, le hit underground de 1999, le Jaguar d’Aztec Mystic (alias DJ Rolando, du crew UR). Lorsque l’on sait avec quelle parcimonie Underground Resistance distribue ses licences pour autoriser la présence de l’un de ses titres sur une compilation, on peut mesurer l’ampleur du cadeau fait par « Mad » Mike Banks à Claussel, Kevorkian et Krivit (Sony, qui tenta l’année dernière d’outrepasser les droits d’UR sur ce titre, en le faisant totalement réenregistrer par un faiseur teuton, s’en mord encore les doigts, après avoir été victime d’une blitzkrieg Internet bien méritée).

Profitez de ce disque. Et, si vous êtes de passage à NY un dimanche, passez par le 6 Hubert Street. Vous ne le regretterez pas.