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3
sur 5

En 1999, le label Battle Axe Records se distinguait grâce à la très impressionnante sélection Defenders of the underworld Avec leur premier fait d’armes, cette toute jeune structure réussissait un véritable coup d’éclat. Compilation éclectique, Defenders… mêlait outsiders prometteurs (Dilated Peoples, Defari, Non Phixion…) et pionniers bien rodés (Son Doobie, Del Tha Funky Homosapiens, Kool Keith…), accouchant d’un éventail inédit de morceaux de grande classe On se souvient surtout du décapage de Worst enemy, interprété par l’atomiseur Buc Fifty, qui déblatérait des lyrics digne d’un schizophrène irrécupérable (« I am my worst enemy, my mind got ten personalities »), le tout sur un instru terrible.

Battle Axe récidive avec Battle axe warriors, qui tombe à point pour les défricheurs de voix fraîches et talentueuses. Car cette édition comporte une nouvelle vague de jeunes loups enragés au possible, qui désirent en découdre avec nos oreilles pour se faire un nom dans la cours des grands. Emmené par le producteur et rappeur Mad Child (un collègue des Alkaholics et du Likwit Crew), cette kyrielle de louveteaux affamés comprend un certain nombre de mcs à l’avenir prometteur. Légèrement moins bien ficelée que la première compil’, cette réunion hip-hop comporte toutefois une dizaine de petits joyaux, parmi lesquels Puttin check down de Buc Fifty (truffés de boucles de pianos et autres clavecins), et Go for mine de Cut Father, Mad Child et Buc Fifty, qui emprunte à EPMD la voix d’Erick Sermon pour un sample finement placé. Buc Fifty est sans aucun doute l’homme le plus flamboyant de chez Battle Axe. Avec une hargne sans pareille (« I’m so ill, I make medicines sick », « Killin’ for a few dollar bucks, the ghetto fabulous », « I went to school with the garbage man »…) il officie sur quatre morceaux de la compilation, en montrant une fois de plus une certaine aisance dans ses monologues bien timbrés. Il est fort à parier qu’il sera le premier rappeur à sortir un album solo chez Battle Axe.

Mais Mister 50 n’est pas le seul à déchirer le micro sur cette palette hip hop toute fraîche. Les Swollen Members y apportent de virulentes couleurs, notamment grâce à la prod étincelante du « crazy white boy » Mad Child. Ce collectif émérite balance quatre titres étincelants: Camouflage et Summer Lighting, petits chefs d’œuvre aux samples extrêmement sombres, mais aussi le très dansant Crunch, sans oublier Deep end, à l’instru apocalyptique. On retiendra également le titre de LMNO featuring Mad Lib (Head lock), aux tonalités reggae entraînantes bourrées de bonnes vibrations, ou encore Moka Only & Abstract Rude (Team work), qui se rapprochent du talentueux Common.

Les quelques rares déceptions de Battle axe warriors compilation (Elbow room de LMNO par exemple) n’entachent pas vraiment la bonne prestation de cette nouvelle génération de gueulards inspirés. Longue vie à Battle Axe Records, ce nouveau label indépendant qui tient vraiment bon la rampe.