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sur 5

En prévision de la 26e référence de son petit label londonien, Vinita, à la tête de Rocket Girl, voulait ouvrir ses archives, faire un peu de rangement, et remettre la main sur certaines pièces désormais introuvables. Résultat : un double CD de 30 titres. 15 singles, 15 raretés et inédits, retraçant quatre années de coups de cœur.

Dans ce florilège de musique indé, une place de choix a été faite aux fidèles de l’écurie : Füxa et ses paysages aériens glacés, PS I Love You et sa pop électrique (comment ne pas aimer un groupe qui intitule un morceau Where on earth is Kevin Shields?), les Londoniens de Coldharbourstores et leur folk nourri de piano, le discret mais omniprésent Gnac (Liquefaction, Vespertine, Darla, etc.), qui nous régale avec Tracy disco, de l’un de ses premiers instrumentaux, moelleux comme une guimauve. L’écoute de la compilation confirme tout le bien que l’on pensait de Piano Magic, le groupe de Glen Johnson, touche-à-tout génial et auteur inspiré. En solo sur les deux extraits du single There’s no need for us to be alone, il mélange avec simplicité pop désenchantée et musique de paysages dévastés. En duo sur Shot through the fog avec Quentin Stoltzfus (batteur de Mazarin, dont on retrouve ici deux extraits de l’euphorisant Watch it happen), le groupe signe le fond sonore d’un Londres noyé dans le brouillard (voix monocorde, sample grésillant de violon et de piano, beat electro). En trio avec Transient Waves et Low sur Sleep at the bottom, Piano Magic marie impeccablement sa légèreté à la lenteur de Low, ses mélodies aiguës de guitares aux harmonies vocales de Mimi Parker et Alan Sparhawk.

En chemin, on fera quelques jolies rencontres : Windy & Carl, exilés de Kranky, transposent au féminin les nappes du Prazision lp (Labradford) sur Crazy in the sun. Simeon, des Silver Apples, délivre une merveille pop légère et décalée digne de Red Krayola (I have known love). Les Philadelphiens de Transient Waves rivalisent pour une partie de guitares éthérées sur Green acres avec leurs congénères de The Azusa Plane qui jouent un remake du spatial Providence de Sonic Youth avec United States investment in other countries. Sur le pluvieux London is swinging by his neck, Kirk Lake ouvre une fenêtre sur le monde et ses murmures nous précipitent dans un songe éveillé, rythmé par les notes de guitare du Néo-Zélandais Roy Montgomery, à la rencontre de figures humaines (délinquants, flics, artistes, politiciens, meurtriers, proxénètes, etc.) de Paris à Venise, du Taj Mahal à Las Vegas.

On rencontrera aussi certains inconnus dont on gardera les coordonnées dans notre calepin. Les Américains de Lenola (Tappersize records, apparitions sur différentes compilations de Darla, Pop volume #1, etc.) partagent le haut du pavé avec Mazarin. Pluxus joue une electronica pop et enfantine, qui n’est pas sans rappeler les petits fours d’Anne Laplantine. They Came From The Stars (I saw them) tend une corde entre Tarwater et Ganger. Loopdrop amuse avec ses synthés vintage piqués à Stereolab. Her space holiday et ses nappes de clavier cryogéniques précèdent le remarquable Peacon de The Wokhouse : une ascension (facile ?) dans des halos de delays, un charivari de guitares réverbérées. On a surtout désormais dans notre collimateur le dénommé David Sheppard : avec Keiron Phelan (sur le planant et bien nommé Par avion) ou avec son groupe, State River Widening (Unsung couples, digne de Bundy K. Brown sur Directions in music), il signe dans des registres différents deux morceaux d’une beauté mélodique captivante.

Pop sucrée, musclée, folk neurasthénique, post-rock, ambient, electro, musique inclassable, jeunes talents, vétérans, valeurs sûres… il y en a pour tous les goûts. Eclectique, la compilation tire cependant sa cohésion de la constante simplicité du langage musical des groupes ici réunis, et du dépouillement de la production. Conçue comme la vitrine du label londonien, A Rocket girl compilation devrait en inciter plus d’un à rentrer dans le magasin et y faire ses emplettes sans plus attendre !