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2
sur 5

« All I got is a red guitar, three chords, and the truth ». Les temps changent… Les dublinois possèdent tout depuis l’époque où leur rock incendiaire rameutait les foules. Et, petit miracle dans cette industrie tournant à plein régime pour enfumer le manant, ils ont su préserver l’essentiel : la foi qu’ils ont dans leur musique. Et qu’importe si le risque pris par les expérimentations les a peu à peu coupé d’un public fervent de cadres sup dynamiques requérant avant tout de l’évidence. U2 cherche à chaque fois sa voie. Ce dixième album studio n’y déroge pas. Passé un premier simple énergique mais pépère (trois écoutes pour en faire le tour), les choses se gâtent pourtant dès le deuxième titre, le mollasson Stuck in a moment you (sans la voix suave de Bono et quelques cuivres soul, tout est à jeter ; MTV devrait s’en satisfaire, c’est un signe !). On reprend espoir sur Elevation, où la patte du duo Lanois/Eno se fait plus sentir. Bel équilibre entre la rythmique, renforcée juste ce qu’il faut d’effets, et la guitare aux accents hendrixiens de The Edge, qui redécouvre son instrument de prédilection (encore trop de oh oh oh oh, et un break qui « tue »… les mouches au plafond, mais on approche de l’acceptable).

Puis, comme souvent avec ces pauvres diables, le charme opère. Walk on, morceau rigoureux, fluide, sans effets de manche incongrus, emporte, enfin, la mise. Le temps de la rechute, sur Kite, chanson « puissante » mais simplissime, donc confondante, avec un refrain passant au forceps. Itou pour In a little while, fausse deep soul, tendance Al Green, fleurant pas bon la démonstration. Les amateurs de pop sixties seront en revanche enchantés à l’écoute de Wild honey : abandon de toute prétention, cohésion maximum. U2 s’amuse, sans provoquer l’hilarité. On passera sur Peace on earth, qui résume bien l’entrain, mais aussi la naïveté, parfois touchante, du groupe (un titre pareil, m’enfin !). Et là, de nouveau, un pic, When I look at the world déboule : en un mot, un feeling incroyable sur toute la ligne. New York surprend, réminiscence du punk-rock des débuts, mais avec la maturité en plus, alliance (voix/instruments) du feu et du métal (l’effet devrait être durable). Avant la conclusion (?), point virgule apposé par Grace à cette entreprise qui fait toujours rire les mêmes, que l’on a plutôt tendance à considérer avec sérieux, et toute fin aidant, que l’on saura aussi apprécier. Quatre belles chansons sur un disque qui en comporte onze : quel groupe peut prétendre à un tel score aujourd’hui ?