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C’est la dernière des soirées Tricatel, ce rendez-vous pipole et rilaxe qui a permis, le temps d’une saison, de joindre l’écoutable au mondain. Ces fêtes auront eu le mérite de redéfinir un demi-monde pop sur le mode de la cooptation. Elles auront surtout permis de goûter au cocktail d’humour, d’intelligence et de décontraction que Bertrand Burgalat sirote. Bien plus que les disques qu’il fait presser.

A 21h, le Bowling est encore vide. L’impossible académicien Jean-Jacques Schuhl titube canne au poing. Un pousse-disques négligeant enchaîne Add N To (X) à Chicks on Speed, Chicks on Speed à Add N To (X), puis Add N To (X) à Chicks on Speed. Je croise Laurence Remila, auteur nabolâtre de Contraband, un A3 de chou farci d’entretiens.
Le duo DJ me et DJ you démarre son set vers 23h. Il s’agit de deux Californiens aux dégaines invraisemblables : un immense échalas au look de Beastie Boy et un baba frisé dont la mise évoque le Sammy de Scoubidou. Lequel est Me, lequel You ? Pagaille instantanée. Tandis qu’un huit pistes numérique crache des séquences electro-funk, l’échalas crossfade des scratches calamiteux et le Sammy déambule dans le bar en jouant d’un sampler Boss sans fil comme d’une Nintendo. Nous voici catapultés aux confins de la fumisterie par des cousins festifs de Cosmodrome. Ils ont découvert à Los Angeles les joies de cette No Complex Music théorisée par Cyril Hoffmeyer ! Les grooves, machinalement efficaces, sont extraits du disque dur et jubilatoirement salis par les interventions versatiles des deux trublions : je t’envoie un barrissement d’éléphanteau -ben moi, je te cloue un riff à deux balles sur mon Roland… N’importe quoi, mais avec quelle autorité !

Ce qui rend le concert passionnant, c’est la gestuelle du groupe. Un dandinement permanent avachit les deux gusses. Ils tournent en rond comme dans une cour de récré. Je songe à tout le mal que Schuhl s’est donné dans Rose poussière pour décrire l’attitude des dandies de chez Castel en hiver 66. « Cette raideur de mannequin un tout petit peu brisé (d’automate spontané). » Perçoit-il la parenté avec ces deux B-boys dégingandés ?
Chaque break foireux est accompagné de gestes de victoire. Sammy enfile un masque africain et se promène dans le public. Echalas enfile des lunettes noires pour scratcher l’encyclopédie sonore de Walt Disney. Le climax est atteint lorsque que le clavier en fonction du Tricatel Backing Band vient jouer d’une de ces merveilleuses guitares jouets qu’on déniche dans les tout-pour-dix-balles. Une impeccable rythmique funky suinte de la guitare en plastique comme d’un combiné téléphonique. « One man jam ! » grésille-t-elle, tandis que les fumistes brothers agitent leurs bras dans tous les sens en désignant le jouet.

Le concert se dénoue agréablement par une ballade soul au tempo modéré. Ses dernières mesures sont le prétexte d’un bref rap scandé par Sammy. Le public habituellement papoteur et statique des Tricatel Nights semble chauffé par le set de You/Me et guinche dans la foulée. Leur disque paraît donc en 2001 chez Tricatel… Quasiment certain qu’il sera décevant mais faudra vérifier.