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4
sur 5

On connaissait le portail de vente de CDs Tigersushi.com, avec ses personnages minipops marrants et ses choix underground pointus (le disque du mois : Squarepusher, le single : LCD Sound System). Les responsables de ce site ont eu la bonne idée de mettre en compilation leurs goûts éclectiques et subtils, sur ce More G.D.M. anthologique et précieux. Non pas une énième concept-compilation electro basse du front (quoique la dernière de Colette est également savoureuse), mais une entreprise exigeante, dansante, hédoniste, un peu lounge mais passionnante dans son but sous-jacent de rendre leur modernité à quelque vieilles gloires du passé.

Si vous vous demandez ce que signifie les initiales « G.D.M. », le premier morceau de la compile vous fournira la réponse. No G.D.M. est la célèbre tuerie disco-punk de Gina X, inspiratrice clubbeuse des Chicks On Speed, qui psalmodie d’une voix arrogante « No Great Dark Man » (i.e. GDM, donc). Lentement 80’s, mais furieusement groovy, ce morceau est un classique (« C’est la vie, ma chérie ») des soirées du Pulp (« Sometimes funky people are dressed in black » en pôle position). Le reste du disque est à l’aune de cette savoureuse mise en bouche : dansant (We also not des New-yorkais de Metro Area), mais pas trop (les drones de Maurice Fulton), rétro sur le cultissime Swinging pool des infréquentables parisiens Tokow Boys, adeptes des soirées branchées du Palace à son apogée (1980), mais beau, avec Elle et moi de Max Berlin, autre sommité underground de 1978, entre Gainsourg-Mélody et Houellebecq-Tricatel.

Les vieilleries réhabilitées sont toutes précautionneusement choisies, de la no-wave diamantaire et tendue des Bush Tetras aux boucles kraut de Cluster, formation mythique de Cologne, à la grande époque de Kraftwerk et Tangerine Dream. (« The Ultimate night dive soundtrack », dit judicieusement le livret du CD). On a même le plaisir de retrouver ces bons vieux Silver Apples, pour un morceau récent et inédit, très différent cependant de leurs merveilleuses saillies siméonesques 70’s. Content de savoir que ces gens existent encore.

D’autres morceaux plus dispensables aèrent la compilation (des titres techno-Détroit ou Smurf-1985), mais avec un sens raffiné du contre-pied, qui fait que ce disque s’écoute avec plaisir de bout en bout, un dimanche pluvieux de gueule de bois. Pour ses pépites et son croquant, un disque extrêmement recommandé.