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4
sur 5

Tout d’abord connu pour son travail de composition génial au sein du cultissime groupe Art Zoyd, Thierry Zaboitzeff a su, dès le milieu des années 80, imposer son nom au devant des musiques dites « nouvelles ». Un bref retour historique : en 1976, naît Art Zoyd, croisement improbable entre Bartok, Stravinsky et Magma. Leurs premiers albums, totalement décalés par rapport à la scène de l’époque, marquent la pierre fondatrice d’un courant aux croisées des musiques contemporaines et d’un certain rock français. Bizarrement, une démarche aussi radicale a pu surmonter la sape morale et financière de la vulgarité musicale environnante et généralisée, survivant grâce à l’intérêt d’autorités nationales et locales. Pour une fois, l’utilité de la subvention étatique en matière de musique est avérée.

D’abord rattaché trop rapidement à son groupe d’origine, Zaboitzeff a réussi en quelques albums à se forger un son, une identité immédiatement reconnaissable. Dans la grande lignée des musiques pour ballet, il a amorcé une collaboration suivie et fertile avec la chorégraphe Editta Braun. Avec Heartbeat, India puis Alice, Zaboitzeff (Dr Zab pour les intimes) a défini un paysage sonore plus techno et électronique que ses opus précédents. De retour ici à une instrumentation plus spartiate, moins clinquante, et surtout beaucoup plus acoustique, il signe une série de miniatures musicales extrêmement convaincantes, penchant plus encore vers les sonorités nouvelles. Des idées brillantes comme à l’habitude et servies, on ne change pas, par une interprétation sèche mais ample, parfaite mais définitivement humaine. De l’ensemble à cordes, à la synthétisation discrète, les compositions de Zaboitzeff ne donnent pas plus dans l’outrance que dans le banal ou le commun. Cette grande parade miniaturisée d’une musique toujours aussi actuelle dans l’esprit et la forme a tout de la démonstration de force, légère, d’un musicien malheureusement trop souvent méconnu.