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5
sur 5

Le prestigieux label de rééditions Sundazed sort cet été de ses tiroirs ce triple CD d’un groupe trop méconnu, mais très important, des 60’s pop, The Millenium. La sainte trinité du « soft rock », ou « soft pop », ce genre particulier de pop mélodieuse et harmonieusement orchestrée, se compose des trois groupes successifs du compositeur-producteur Curt Boettcher : The Ballroom, The Millenium, Sagittarius. Ce coffret comprend le premier album de The Ballroom, l’album de The Millenium, Begin, et des versions alternatives jamais éditées. Dans tous les cas, des chansons difficiles à dénicher depuis des années, ici remastérisées en toute fidélité, pour le plus grand bonheur des aficionados d’un genre passé à la trappe de l’histoire (sauf au Japon, visiblement, où le soft-rock a fait de nombreux émules), pour des raisons sans doute plus de visibilité que d’intérêt musical.

Car intéressante, cette trilogie l’est à plus d’un titre, et on se demande avec une certaine anxiété gourmande combien d’autres pépites de cette teneur attendent encore dans les tiroirs des maisons de disques d’être exhumées et réhabilitées, relançant indéfiniment notre capacité à sans cesse bourse délier, comme une éternelle manne pop. Ici, les compositions de Curt Boettcher raviront tous les fans des Beach Boys ou de Left Banke, les férus de pop orchestrée, polyphonique et sophistiquée. Les adeptes de rock dur trouveront sans doute gentiment niaises ces envolées de cordes et les chœurs en mille-feuilles, mais c’est bien de « soft-rock » qu’il s’agit là, plus proche des Mama’s and Papas (You turn me around) que du garage-rock. Plus proche des 70’s en fait, que des 50’s. Harmonies vocales, clavecin, cordes et cuivres, « papapapapa » et « ouhouhouhouh » sirupeux se succèdent sur 62 titres richement arrangés, sages et bien rangés, quoique lorgnant vers le meilleur folk psychédélique, à grand renforts d’effets d’échos et de sonorités aquatiques, augurant les inserts électroniques de Moog sur le deuxième album de Sagittarius.

Peu de différences notables entre The Ballroom et The Millenium : même science des arrangements luxuriants, mêmes mélodies alambiquées, mêmes structures en tiroirs. Begin se distingue peut-être par une production parfaite (un son aéré et un mixage efficace donnant à chaque instrument la meilleure place) et une exacerbation des gimmicks psychédéliques (ainsi les chœurs lyriques et liturgiques de Anthem (Begin), surfant sur des réverbérations de voix et des sons delayés à l’infini). The Millenium multipliait les pistes un peu à la manière d’un Phil Spector précautionneux, superposant des harmonies vocales à la Beach Boys à des mélodies beatlesiennes (Just about the same), glissant vers la musique brésilienne (To Claudia on Thursday), entre les Os Mutantes et la pop californienne pur jus (I just want to be your friend). Le jeu de basse incroyablement rond et sautillant, les inserts déroutants (claquements de mains à contre-temps, bruits de foule), les percussions audacieuses et une inspiration générale débordante de générosité rendent ces disques indéfiniment écoutables, recelant à chaque écoute de nouveaux trésors d’inventivité. On comprend mieux le culte que voue à ce groupe une bonne partie de la scène pop actuelle (Belle & Sebastian pour les mélodies, Stereolab pour les structures complexes, Fugu pour la positivité et la luxuriance des compositions). The Millenium est un classique de l’histoire de la pop, à ne manquer sous aucun prétexte.