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4
sur 5

On connaissait Agitated, l’hymne punk des Electric Eels, on a redécouvert ces jours-ci Paralyzed, le premier (1968) et unique hit du Legendary Stardust Cowboy, précurseur culte du mouvement psychobilly contemporain, animateur infatigable du rock’n’roll primitif le plus pur et cru, obsédé par le « wild west » et la science-fiction. Le Legendary Stardust Cowboy, alias Norman Odam, également connu sous le pseudo « The Ledge » (« Le rebord » ?) n’a pourtant rien d’un paralytique, malgré son grand âge (né en 1947) : ses performances de brut rockabilly sont fourrées aux « whoops !!! » hystériques, cris de guerres divers et insanes grognements animaux, derrière lesquels on peine parfois à retrouver la mélodie, mais qui constituent de manière inédite la synthèse bruyante et iconoclaste d’une bonne partie de l’histoire culturelle américaine, depuis le bues et la country des pionniers, les films bis de Science-Fiction et de Western 50’s, au glam façon Bolan-Bowie, en passant par le punk le plus pur ou les autres freaks US magnifiques que sont Hasil Hadkins, Wild Man Fischer ou Daniel Johnston…

La comparaison avec Hasil Hadkins est bien sûr la plus évidente : le chanteur 50’s, avec des tubes comme Out to hunch ou Chicken walk est une référence sensible en terme de sauvagerie rockabilly. Ses visions très primitives du rêve américain (manger du beurre de cacahouète sous la lune, entre autres choses) ont clairement influencé la lecture psychopathologique des clichés de l’Amérique consommatrice par le Legendary Stardust Cowboy, qui inventera des titres aussi pharamineux et inattendus que Credit card blues ou Someone took the yellow of my egg, chanté sur le même ton : explosif, sale, cru, incantatoire mais de manière complètement chaotique. On ne saura sans doute jamais vraiment pourquoi Mercury a voulu sortir le single Paralyzed en 1968, en plein flower-power, il n’empêche, ce fut un véritable hit, le seul du LSC, une anomalie de l’histoire des charts, mais une pépite d’art brut populaire américain dont on ne se lasse pas aujourd’hui encore.

David Bowie, lorsqu’il signa également sur Mercury en 1970, su tirer parti de l’imagination foisonnante du LSC. En bon vampire qu’il est, découvrant le fabuleux cowboy dans le back-catalogue de la compagnie, il inventa Ziggy Stardust, s’inspirant du personnage qui a chanté Paralyzed quelques années plus tôt, lâché par Mercury, et déjà retombé dans l’oubli. Ca ne relancera pas la carrière de Norman Odam, qui végétera entre l’échec d’un premier album (seulement paru en 1984 !), Rock it to stardom, une carrière mitigée sur l’excellent label français New Rose (The Legendary Stardust Cowboy Rides again, paru en 1990) et un boulot minable d’agent de sécurité à San José. Son « retour » en 1998, avec un Live in Chicago, un nouveau et talentueux backing-band (comprenant notamment l’ex Dead Kennedys Frank Novicki), et enfin un nouvel album psychobilly de très bonne tenue, ce Tokyo plus ou moins disponible en import lui permettra aussi de boucler la boucle : en reprenant Space oddity de Bowie à sa manière, inimitable, et en se trouvant même invité par le chanteur à l’oeil vairon pour son festival Meltdown à Londres… A l’heure de Bob Log III et des White Stripes, le Legendary Stardust Cowboy est de retour, et si l’on s’en tient aux différents comptes-rendus du récent festival Ideal de Nantes, il est en pleine forme !