Voici un album que l’on aimerait à prendre ou à lécher. Un disque que l’on souhaiterait embrasser avec une innocente ardeur, en imaginant que la passion qui unit VV et Hotel est toujours aussi vivace, leurs guitares vierges et leurs ébats aussi imaginatifs, que la bête qui s’agitait en eux est restée indomptée. Mais c’est bien connu, le quotidien est une puissante ceinture de chasteté, et, au bout de cinq années de vie commune, la plus pure comme la plus fougueuse des idylles peut tout aussi bien tourner à l’inceste. C’est l’impression que laisse Midnight boom : le couple le plus sexy d’Angleterre, faute de remise en question, a fini de se surprendre et d’éveiller notre curiosité (à lire les tabloïds, il semblerait que l’insatiable coureuse de braguettes rock nommée Kate Moss ait récemment profité de ce battement pour mettre le grapin sur l’infidèle Jamie Hince). S’ils jouent encore la comédie de la parade nuptiale sur le tiède URA fever, il est certain que le coeur n’y est plus. S’il reste des chansons de qualité sur ce troisième album, ces denières sentent cette fameuse recette de guitares sauvages aux accords de blues éculées, de boîtes à rythmes aguicheuses et de voix suave…

Rien de vraiment surprenant ni d’excitant, donc. Aucun plaisir défendu ni aucune beauté salasse à se mettre sous la dent, mais une production proprette desservant les titres à l’image de ce Cheap and cheerful autosatisfait et nouveau riche. Lorsque les rares soupirs d’Alison Mosshart se font encore sensuels sur Tape song, il semble bien que le dernier souffle n’est plus très loin. « What a beautiful state we’re in », semble ironiser cette dernière sur le titre-gueule de bois Goodnight bad morning.

Toutefois, modérons nos propos comme nos deux trublions ont su tempérer leur vigueur, ce n’est certes pas la débandade totale ! L’anéantissante ballade Black balloon sort du marasme le couple agonisant, la fougueuse M.E.X.I.C.O.C.U laisse entrevoir la possibilité de quelques horizons plus excitants que les lendemains déchantants que semble nous promettre l’insipide (et prophétique ?) Last day of magic. L’amour sauvage étant devenue une fatigante recette, on pourra un beau jour voir Hotel se tourner dans son lit vers VV et l’appeler « Maman ». Une demie-molle, donc…

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