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3
sur 5

Bien qu’il existe depuis maintenant six ans, c’est assurément grâce au premier album de Tarwater que Kitty-yo est sorti de l’ombre (en France, du moins). Sorti en 1999, Silur était une belle réussite d’électronique froide et mélancolique, synthétisant assez bien l’esprit de ce jeune label allemand. Avec Animals, suns & atoms, le groupe semble vouloir affirmer une identité, en se tenant à une ligne directrice bien précise, d’un bout à l’autre du disque. Le résultat est assez plaisant, mais on regrette tout de même certaines orientations musicales, embryonnaires à l’époque du premier album, qui n’ont absolument pas été développées ici…

L’utilisation des guitares acoustiques (brillamment samplées et mises en boucle dans Otomo, titre issu de Silur) a par exemple été totalement délaissée, et le minimalisme -grande qualité du premier album- laisse ici place à une richesse musicale parfois confuse, pénible… Le chant est également bien plus présent sur le dernier Tarwater. Doit-on comprendre par là que Bernd Jestram et Ronald Lippok ont acquis au fil du temps une certaine assurance qui les aurait poussés à chanter sur pratiquement chaque plage de Animals, suns & atoms ? Peut-être… Mais ce qui aurait pu être une réussite fait ici malheureusement un défaut à cet album, qui reste un brin linéaire : les lignes de chant sont longues, elles ne varient que très peu d’une chanson à l’autre, même si les traitements d’effets appliqués aux voix tentent de remédier à ce problème… en vain ! Vrai que si nous n’avions pas eu connaissance du premier album de Tarwater, notre verdict aurait été plus indulgent ; car Animals, suns & atoms contient vraiment de magnifiques titres. Citons, entre autres, le très réussi All the ants left Paris. Cette efficace introduction à l’album apparaît d’abord simpliste (et plaisante), mais elle se laisse redécouvrir écoute après écoute : l’occasion de s’apercevoir qu’elle renferme bon nombre de détails subtils (comme ces géniales contre-voix saturées, enfouies sous la musique…).

L’apport de voix féminines sur Noon est aussi une réussite ; et on se rend alors compte que le duo vocal Jestram Lippok est toujours aussi complémentaire… Le final de ce morceau est d’ailleurs relevé par l’arrivée d’une ligne de bouzoukhi (instrument répandu en Turquie et en Grèce) très nerveuse, qui rentre parfaitement en symbiose avec l’instrumental electro sur lequel elle se pose… Seven ways to fake a perfect skin clôture l’album et constitue sans doute l’un de ses meilleurs morceaux (sorte de trip-hop enchanté, frôlant la musique de générique d’émission TV pour enfant, et sur lequel se greffe un chant dépressif).

Bien que légèrement irrégulier et au-dessous de nos attentes, le dernier Tarwater reste tout de même un assez bon disque. N’empêche, espérons que le duo allemand reviendra vite à ses bonnes vieilles guitares acoustiques tant appréciées sur Silur