PARTAGER
3
sur 5

Le premier album d’un trio au feeling métis, à qui revient le soin de rappeler aux mélomanes avertis la belle époque des premiers enregistrements du label de Peter Gabriel, lancé sur le marché du disque il y a une dizaine d’années. Tama réunit trois musiciens talentueux. Tom Diakhité, malien, au chant, au n’goni, à la kora, aux calebasses et autres percus. Sam Mills, anglais, à la guitare. Djanuno Dabo, de la Guinée-Bissau, aux djembés et aux congas. Trois hommes aux parcours éclatés de fait. Le premier a côtoyé Salif Keita, Les Gipsys Kings, le théâtre de Peter Brook et de Sotigui Kouyaté. Le second vient de la scène ethno funk des années 80. Quant au troisième larron, il a accompagné des pointures aussi différentes que Cesaria Evora et Angélique Kidjo. Un pari intéressant qui s’inscrit dans un mot bambara, Tama, qui signifierait marcher. Ensemble ? Vers quelle destination ? Pour quel résultat ? Car c’est là que le bât blesse.

Il y a une impression de déjà vu dans la démarche de ce trio. Il n’y a rien qui déstabilise l’oreille dans leur musique. Leur recette a l’air d’avoir déjà été éprouvée par d’autres artistes signés par Real World. Ca tourne bien mais de là a en faire un événement… C’est pourtant ce qu’aurait souhaité Peter Gabriel, venu en renfort à Paris la semaine dernière pour les soutenir lors de leur passage au New Morning.
L’album pèche par son manque de fraîcheur. C’est carré, c’est bien produit. Mais la magie, qui a souvent opéré entre les musiciens aux cultures différentes qui se sont retrouvés au sein de ce label mythique de la world music, n’y est pas. Un sentiment qui amène à réécouter les classiques du répertoire de la décennie passée. Une compilation souvenir est d’ailleurs sortie. Où l’on retrouve Nusrat Fath Ali Khan, Geoffrey Oryema, Afro Celt Sound System, Mariam Mursal, ainsi que d’autres incontournables. Peter Gabriel au fil des ans a laissé partir la plupart de ses premiers artistes, soit parce qu’ils désiraient voler de leurs propres ailes vers d’autres expériences musicales, soit parce que les rapports cordiaux n’étaient plus les mêmes. Au final, son talent de découvreur permettait de miser sur l’avenir. On attendait donc du sang neuf. Mais Tama n’est peut-être pas encore tout à fait au point. Rien ne dit en effet que l’album suivant ne sera pas plus surprenant.