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2
sur 5

Quand on décrit son album comme étant “une réponse à la flexibilité continue de l’installation physique par un addenda sonore”, on n’a pas le choix : soit on pond un chef d’œuvre indiscutable, soit on retourne bafouiller des âneries dans un club branché, un Deleuze dans une main, un blue lagoon dans l’autre. En tout cas, on s’interdit la tiédeur, le pas mal, puisque le cauchemar absolu, ce serait de s’entendre dire : « c’est assez sympa, ce que tu fais, comme musique ».

Cayman Johnson, artiste visuel new yorkais, pouvait prétendre à l’excellence : son premier album est signé chez Software, maison fondée par Daniel Lopatin, et sérieux gage de qualité. Malheureusement, Stills Lit Through pâtit de la comparaison qui s’établit instantanément avec R plus Seven, le dernier opus de Oneohtrix Point Never : on retrouve chez Tallesen le même goût pour les sons éthérés et liquides qui sortent de nulle part, ainsi que pour l’utilisation pointilliste des voix.

Tallesen prend néanmoins ses distances avec son mentor en s’aventurant dans des territoires plus mélodiques. Bonne idée ? Sans nul doute, c’en serait une, si les mélodies n’évoquaient pas à ce point celles de Boards of Canada, en nettement moins inspirées – un peu comme celles de patten dont Estoile Naiant vient immanquablement à l’esprit, à l’écoute de Stills Lit Through : même jeu entre nappes de clavier aériennes et surabondance de kicks hypercompressés, de breaks biscornus et de petits bruits parasites.

Que les choses soient claires : on n’est pas particulièrement dingue du name dropping. Mais quand un disque semble lui-même ne faire que cela, quand cette pratique vaine et vaniteuse semble son seul propos, comment contourner le problème ?

Alors, bien sûr, Stills Lit Through n’est pas un mauvais disque. La production scintille, et certains morceaux, comme « Blue Stills », s’inscrivent avec brio dans cette mouvance si actuelle de musique électronique post-internet, façonnée par Lopatin et ses thuriféraires. Qui découvrirait Tallesen avant Oneohtrix Point Never pourrait même, éventuellement, trouver son album formidable. Parce que, après tout, c’est assez sympa, ce qu’il fait, comme musique.