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4
sur 5

Tal (pour Talmadge) Farlow est un guitariste peu connu en France. Inspiré par Charlie Christian, il a d’abord participé au trio du vibraphoniste Red Norvo, au sein duquel il a pu côtoyer Charles Mingus jusqu’au milieu des années 50. Par la suite, ce technicien excellent a gravé plus d’une vingtaine d’albums dont l’étonnant The Swinging guitar of Tal Farlow de 1956. Au cours d’une carrière à éclipses ou ce peintre d’enseignes de formation s’en est retourné mettre du beurre dans les épinards. Si Tal Farlow a connu les grandes heures du Cool Jazz au début des années 50, il a également enrichi son jeu des acquis du Bebop, écartant le risque de devenir un musicien de genre.

Outre un thème à l’eau de rose peu emballant (Taking a chance on love), on ressort ébahis après l’écoute de cet opus en trio réunissant le pianiste mainstream au swing impeccable, Eddie Costa (accompagnateur de Coleman Hawkins qui rappelle souvent Lennie Tristano) et le bassiste Vinnie Burke. On écoutera en particulier la Yardbird suite, hommage a Charlie (Parker !), en notant l’accompagnement du guitariste sur les chorus de piano. Tout comme le morceau de bravoure que représente You stepped out of a dream, ou à une vitesse d’exécution proche de mach 5, toutes les articulations et les accents de la guitare sont joués avec une netteté et un rythme incroyables. Puis Like someone in love (dont la métamorphose de référence restera celle insufflée par Eric Dolphy au Five Spot) et Meteor.

Un « jazz de chambre » (c’est a dire sans batterie) mené de mains de maîtres. Mais à cette vitesse s’agit-il encore de mains ? Le Pentium existait-il déjà dans les années 50 ?. Comme toujours, c’est rétrospectivement qu’apparaît l’importance de ce guitariste surdoué (notre homme étant parti boeuffer sur une autre planète depuis 1998) dont on comprend assez rapidement ce qui, dans son jeu, a su fasciner d’autres gratteux de génie comme John McLaughin ou George Benson. Une sonorité très proche, forcément, on y songe tout au long de ce disque. Un album qui fait carrément mentir Woody Allen à propos du second meilleur guitariste du monde après Django Reinhart. Ceci dit, heureusement, personne n’a encore eu l’idée saugrenue d’organiser des Olympiades de la guitare.