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3
sur 5

Les adeptes de Micro:Mega ont de quoi se réjouir : les deux membres de cette formation toulousaine, dont le deuxième disque devrait arriver d’ici quelques mois, viennent de sortir chacun de leur côté un album solo. Avec Le Livre noir du capitalisme, Sylvain Chauveau nous plonge dans un univers très personnel, permettant de mieux cerner quelle part il occupe au sein de son groupe.

Situé entre la nostalgie et la dépression profonde, l’esprit si particulier de Micro:Mega est ici bien présent. Mais d’un point de vue formel, nous voici bien loin des envolées électroniques qui animaient leur magnifique premier album Photosphere. Samplers et claviers ont été mis en retrait, pour laisser place à des instruments plus classiques -guitare, piano, violoncelle, accordéon, etc. Le tout s’accorde en un post-rock d’apparence extrêmement paisible, que le compositeur lui-même -par une annotation sur la pochette du disque- conseille d’ »écouter à faible volume ». Tout d’abord relaxant, Le Livre noir du capitalisme entraîne l’auditeur dans des atmosphères sonores quasi cinématographiques, dotées d’une touche poétique incontestable. A l’écoute des deux premiers morceaux, Et peu à peu les flots respiraient comme on pleure et JLG, on pense à Mark Hollis, David Sylvian ou Erik Satie. Les morceaux défilent, s’enchaînent avec harmonie et le compositeur nous dirige, sans trop que l’on s’en aperçoive, vers des terrains moins rassurants. Avec le troisième titre, Hurlements en faveur de Serge T., on bascule dans une ambiance musicale malsaine, sur laquelle se greffent des paroles d’une violence psychologique sans nom…

Toute l’ambiguïté affichée par le titre du disque prend alors un sens bien particulier. En faisant visiter les parties les plus profondes de son âme, Chauveau en dévoile tous les aspects, de la sérénité aux ultimes limites de la folie. Une fois qu’on s’est familiarisés avec cet univers, un rapport d’intimité étrange se crée peu à peu avec la musique du Livre noir du capitalisme. Dialogues avec le vent, Ses mains tremblent encore, Un Souffle remua la nuit : ces titres, qui tout d’abord apparaissaient comme obscurs et impénétrables, se laissent alors écouter comme de vieux souvenirs que l’auteur tente de nous faire partager.