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4
sur 5

Troisième album d’Anthony Child (alias Surgeon) sur Tresor, le label-club-magasin berlinois. Force and form (titre qui rappelle le récent Form and function de Photek) contient quatre titres de techno froide très longs (entre 8 et 11 mn chacun), qui prennent le temps de s’installer et qui offrent à l’auditeur capable de dépasser les premières minutes de beats impitoyables des paysages sonores très riches. En effet, à plusieurs reprises, le rythme se transforme en miettes sur la nappe synthétique : à sa 7e minute, Black jackal throwbacks évolue vers un condensé de musique industrielle et électro-acoustique (entre Meat Beat Manifesto et Lassigue Bendthaus), et la dernière minute de Returning of the purity of current est un collage à base de publicité, de téléphone, de sons divers qui pourraient provenir d’une production INA/GRM… : une pure réussite de l’ère digitale. Enfin, le dernier titre, At the heart of it all, est une merveille ambient (mais pas molle), réminiscente de Detroit (techno modèle avoué de Berlin) et de Stacey Pullen, par exemple.

Des titres complexes, des morceaux longs en plusieurs parties (Remnants of what once was est construit en trois parties distinctes), un format d’album inhabituel : Surgeon tendrait-il vers encore plus de conceptualisation ? Certes, mais c’est sans compter sur la présence obsédante de rythmiques d’acier et d’une atmosphère très urbaine -presque mélancolique, en tout cas narrative- à base de multiples couches sonores, qui rendent la musique de Surgeon de plus en plus passionnante. En empruntant au Krautrock (voici un disque à écouter sur l’autobahn) et aux ancêtres de la musique électronique (Cabaret Voltaire), Surgeon réussit à faire une techno qui relie la chambre à la rue, le club au salon, le présent au passé, le casque au cerveau. Toute la force de Force and form est effectivement dans sa forme : pas de fond dans cet océan de sons exotroniques et obsédants ! Conclusion : probablement le meilleur disque de Surgeon.