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4
sur 5

Alors que l’ensemble des albums lo-fi enregistrés par Babybird ressortent sous la forme d’un classieux coffret (où se cache un bonus-album très généreux), Stephen Jones jette son groupe aux orties et choisi de s’offrir un nouveau départ, en solo, sous son simple nom. Almost cured of sadness est donc sa première livraison, après un silence incroyablement long pour quelqu’un qui a produit sur une poignée d’années l’équivalent d’une carrière complète pour un songwriter lambda.

Nul doute que le colossal succès de You’re gorgeous, son tube planétaire de 1996, y est pour beaucoup : après ce coup inattendu, les albums plus conventionnels et formatés que Babybird présenta ne convainquaient que difficilement. Miracle ou malédiction, You’re gorgeous avait forcé l’oisillon à devenir adulte, à la vitesse de l’hyperespace, et mis un voile sur ses débuts bricolos pour privilégier une formule plus rock et scénique mais qui l’éloignaient de sa nature jouissivement régressive. Aujourd’hui, en revenant à sa configuration « autiste », Stephen Jones reprend contact avec ses obsessions pop de poche, ambitieuses et dérisoires. Lui qui avait gagné en coffre, à l’épreuve de la scène, réinvente ce chant enfantin et malade qui faisait tout le sel de Dying happy et autres Bad sShave… Tandis que le rock actuel se lance dans un « revival » dont l’intérêt reste à prouver, Stephen Jones opère une « révolution réactionnaire », à son simple et unique niveau, qui lui est diablement salutaire : Almost cured of sadness retrouve la voie du home studio 8 pistes et de l’économie de moyens. Les morceaux tirent leur force de loops rudimentaires, presque anachroniques (à l’heure où le moindre utilisateur de PC bastonne comme un chef sur Fruity Loops et ses collègues numériques), et donnent une saveur finalement surprenante à l’ensemble. L’ombre de Dj Shadow plane tout autant que celle d’Alan Vega (période Deuce avenue) sur cet album…

Ces 19 titres touffus s’enchaînent à l’aide d’intermèdes assez old school qui font mouche presque à chaque fois : à l’exception des glockenspiel séraphiques de Cured of sadness, on navigue une heure durant dans une partie hip-hop mutante où des guitares fuzz se seraient invitées au milieu des breakbeats. C’est un plaisir également de retrouver l’humour ravageur et morbide de Stephen Jones : inutile de préciser le sujet véritable de Sitting in my graveyardou My girl killed Jesus… On mentionnera seulement que l’entêtant Jesus freaks and candy asses invite des hippies à faire la fête en larguant des bombes par quintaux (!). A quelques encablures de la fin du voyage, Stephen Jones nous gratifie de quelques ballades lumineuses dont lui seul à la formule. Nous voilà à nouveau prêt à suivre les aventures de cet oiseau véritablement ressuscité…