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5
sur 5

Quelques mois à peine après The Proud graduate, Spokane, du nom d’une ville de l’Oregon où grandit Rick Alverson, ancien songwriter en chef de Drunk, revient avec ce troisième album à la beauté sombre. Lors d’une rare visite bordelaise, où le groupe donna son unique concert français, il y a deux ans et demi, nous avions été frappé par les douces passions de Rick Alverson envers les labels Factory, 4AD et les raretés des Cure, heureux de fouiner les bacs à disque européens. Là résident sans aucun doute les influences séminales de Spokane, associées à une dimension de l’espace appalachienne, que souligne le classicisme du violon de Karl Runge.

Le trio de Richmond atteint ici une cohérence de ton qui n’est pas sans rappeler Seventeen second de Cure, pour une ambiance cotonneuse, quasi-lacrymale, hantée par une mélancolie post-adolescente. Cela étant, la finesse des compositions et le jeu léger de Courtney Bowles, à la batterie et au glockenspiel, évitent ces pesanteurs qu’une fixation cold-wave pourrait trop facilement générer, comme le laissait suggérer une reprise de Bauhaus sur le précédent album. Le son reste ainsi suffisamment espacé pour que les paroles hautement littéraires et les harmonies vocales tomenteuses de Rick et de Courtney, rappelant parfois celles de Damon & Naomi, s’élèvent au-delà de cet automne sans fin exprimé par le groupe.

Able bodies qui donne son nom à l’album a été composé après que le groupe connaisse la frayeur de sa carrière, lorsque Courtney évita un opossum traversant l’autoroute qui les ramenait des sessions d’enregistrement, dans l’Indiana, à Richmond en Virginie. Ce qui valut au groupe de faire des roulés-boulés automobiles sur l’highway 64 et de reconsidérer pleinement le fil ténu de nos existences. Les sept morceaux de cet album sont là pour le rappeler, vignettes d’une vie saine dont les détails du quotidien (In houses, Quiet normal life ou The Made bed) sont admirablement racontés par Rick Alverson et ses deux complices. Gageons que cet album d’americana pointilliste et mélancolique saura trouver son public, consacrant ainsi le génie calme de Spokane.