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4
sur 5

Les clubbers parisiens peuvent en attester : l’age d’or des soirées « Respect » étant maintenant bien derrière nous, « Toxic » représente depuis 2002 le rendez-vous le plus embrasé des nuits déglinguées de la capitale. J’ai deux amours… Le premier c’est Paris ? Rappel des faits. Rien que pour vous lecteur, monsieur ou madame, mademoiselle, tant que vous aimez les petites cacophonies musicales. Mais qu’est ce qui se passe encore ? Approchez-vous et zoomez pour constater que le rap, ce n’est plus comme avant… Oui ou non ? En tout cas, les instigateurs des fameuses soirées « Toxic » sont bien deux activistes des premières heures du hip-hop français. Sous le pseudo « The Reanimators » se cachent en effet Uncle’O (ancien graffeur, Dj et producteur à ses heures perdues, en gros) et Solo (ex-membre du mythique groupe français Assassin, entre autres). N’ayant pas perdu une once de leur ténacité, ils nous présentent donc aujourd’hui une première tentative de synthèse du son audacieux des nuits « Toxic », avec un certain Mr Maqs caché derrière un poteau en guise de poisson-pilote. Une sortie en puissance du jeune label Because (tenu par Emmanuel de Burtel, défricheur de talents, responsable de la découverte d’artistes tels que… Air ou Daft Punk par exemple), que l’on espère être le premier volume d’une longue série.

En prenant le risque d’opter pour une compilation « non-mixée » (contrairement aux produits types que nous délivrent habituellement les Djs s’adonnant aux tracklists enchaînés, tout en montée), Solo et O parviennent aisément à recréer cet éclectisme musical enivrant, ayant fait la réputation de leur soirées. On zigzague ici entre electro futuriste (Justice : One minute to midnight), tubes underground des années 80 (ESG et leur sulfureux Bam-bam jam, qui donne envie de se replonger dans leur fameux A South Bronx story), rock robotique suédois (Revl9n et le joyau Someone like you) ou encore le fleuron du hip-hop made in Philadelphie (Tuff Crew, pour un mythique remix instrumental du cylindre My part of town, présent par ailleurs sur leur deuxième opus titré Back to the wreck shop). Les disques se mélangent, les pochettes s’égarent, et, comme à l’habitude, la sélection vit d’elle-même, telle un bloc de souffre rouge et monolithique faisant invariablement bouger les jambes et bouillonner le cerveau. Comme en témoigne l’instrumental Digi warfare concocté pour le sous-estimé Masta Killa et mis en son par Jose « Choco » Reynoso, un des hommes de l’ombre de RZA et du Wu-Tang. Après quelques écoutes, on bloque direct sur le sédatif accéléré de Jel et son sublime The Livestock rock et on freine sur le verglas des balles gonflées à la basse que nous a choisit le duo. Ainsi, le joyau de Jackos explose comme autant d’étoiles dans la tête de Stephen Hawking (la comète They live we sleep), puis Funkado s’envole en pulpe-fusion emballée avec Bootay. Les chercheurs de galettes remarqueront que cette belle broche a été pillée par Dj Muggs pour réaliser l’un des meilleurs morceaux de l’album éponyme de Cypress Hill, un certain How I could just kill a man… Rap, mon deuxième amour ! Pendant ce temps là, de l’autre côté de la rue, des parfums d’electro dernier cri se rangent en douceur. Et c’est reparti. On plonge la tête dans le rock débrayé made in Sweden de Revl9n, les breaks made in Philly (Tuff Crew !, on insiste, on écoute en boucle My part of town, alors pourquoi se priver ?), on questionne les androïdes futuristes Antipop Consortium et Dabrye… Et tout est ici bien rangé comme autant de robots funky qu’on voudrait avoir pour amis Djs ou robots. Une sélection digne d’une block-party excitée, charpentée entre Paris et New York, mais aussi dans les tréfonds du cul de l’Espagne (Esplendor Geometrico !), et bien évidemment le funk blanc et noir des quatre coins de ce globe putréfié par la pollution musicale qu’est la Terre. Tandis que l’on s’allume un nouveau cigare sur la piste de danse et qu’un gros videur vient nous embrouiller, on recule vers les baffles pour capter quelques ovnis au passage, comme l’electro minimaliste de The Octagon Man (Elff) ou le funk froid et dictatorial de Maggotron (Computer funk). A force de surenchère de synthés analogiques droïdes et de pieds ultra-compressés, le groove robotique d’hier et d’aujourd’hui agît tel un électrochoc. Pas besoin d’amphétamines pour voler. Du pur 220v, à la fois synonyme d’harmonie et de chaos entremêlés dans la tête de vos meilleures petites amies. Soulève ton organe le plus viril !

Et c’est pas fini. L’équipée a également majoré ses pages musicales d’un hip-hop qui fait du marche arrière pour mieux capter les pas du temps de Bambataa. Un melting-pot d’instrumentaux capricieux et narcotiques étendu adroitement comme pour toujours apporter une nouvelle respiration à cette sélection en slalom schizophrénique. L’installation électrique en surchauffe prend alors feu, comme court-circuitée par un tonneau de nitroglycérine déversé vicieusement par un pyromane suicidaire. Produit toxique, grillagé et dangereux, comme en atteste cette pochette extra-terrestre signée Uncle’O, arme parfaite pour bousiller vos enceintes à coup de seringues chargées à l’acide chlorhydrique. Ce disque réanime les cadavres : Bob Moog, Rick James, Keith Moon, Roger Zapp… Tous ont étés castés et sucés jusqu’à la verve par Herbert West, pour un remake du classique de l’horreur : Reanimator.