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sur 5

Depuis une petite dizaine d’années, on a trop facilement collé aux filles de Sleater Kinney des adjectifs furibards et véhéments. Sur le label Matador depuis Dig me out (en 1997) Corin Tucker, Janet Weiss et Carrie Brownstein, passent aujourd’hui au plus singulier label Kill Rock Stars, sans changer les fondations ni l’ameublement de leur édifice, à savoir l’un des plus brillants groupes de rock nord-américain toutes catégories confondues. Lors de la sortie de One beat cet été aux Etats-Unis, leur importance ne faisait d’ailleurs aucun doute et leur table étaient réservée : en première page de la quasi-totalité de la presse alternative et assimilée.

Sleater Kinney fait donc du rock, certes, mais il s’agit surtout d’un formidable laboratoire de constructions mélodiques uniques, d’échafaudages singuliers, d’une originalité, d’une force de caractère et d’un lyrisme peu commun. Il faut d’abord se faire à la voix de Corin Tucker, déclinaison engagée de quelques précédents marquants (Patti S. et Polly H.), d’une honnêteté parfois trop appuyée, ce qui rebutera à priori les gens qui aiment les musiques sans histoires. Mais ici, Carrie Brownstein est aussi très présente, plus douce et mélodieuse mais pas moins enflammée. Le tour de force de One beat est de convaincre instantanément et définitivement. Les mélodies accrochent, les rythmes se chevauchent, les chansons s’enchaînent sans coup férir et la passion qui anime ce groupe est intacte. Alors que la plupart de leurs confrères et consoeurs s’essoufflent naturellement, la grâce qui anime Sleater Kinney n’a jamais pris une ride depuis leurs débuts.

Après un début aride (mais la sécheresse de ce groupe est généreuse), Faraway met les choses en place : ce disque, ce groupe, est une machine de guerre subtile et ceux qui ne les ont jamais vue en concert seront surpris par le volume sonore dégagé, la formule power-trio étant déclinée au plus juste. Mais à la pleine puissance déployée ici, (Light rail coyote, ce qu’on appelle communément une tuerie) s’ajoute une bonne dose de subtilité, venant autant de la formation (deux guitares, une batterie) que de leur propension à dessiner des motifs atypiques dans le cadre usuel de la pop-song. Et puis, il y a Janet Weiss, probablement la batteuse la plus carrée et imaginative depuis John Bonham, véritable architecte de ces enchevêtrements de guitares perforants. A ce titre, Combat rock, est la véritable perle du disque. On se trouve là bien loin d’un rythme binaire et beaucoup plus proche des berges du Nil où des B-52’s feraient ripailles avec Motörhead. Et cela n’a rien de clownesque en prime.

Au final, un des disques de rock américains les plus passionnant, honnête et enflammés depuis In utero de Nirvana, à se procurer toutes affaires cessantes. Rien que ça.