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4
sur 5

C’est dans l’air du temps. Les vieux papys du son cubain s’invitent avec succès sur les scènes internationales. Depuis le coup de maître réalisé par le doyen Compay Secundo, les maisons de disques se bousculent au portillon de la Havane pour signer des perles devenues rares. Les albums -bien sûr- se succèdent. Mais le meilleur, on le devine, n’est pas toujours là où on le pense. Alors, il faut faire le tri. Ce qui n’est pas chose évidente lorsqu’on sait que le son et ses autres compères d’époque (le boléro, la guaracha…) se sont longtemps laissés bouffer par le succès électrisant de leur propre descendance (la salsa). Ce qui laisse peu de visibilité pour les non-initiés. A moins de tomber sur les bons crus du premier coup. C’est le cas de cet album.

Sorti par l’une des formations les plus anciennes de Cuba (1920), Orgulo de los soneros est un immense revival du temps où les Américains fuyaient la prohibition pour venir s’encanailler dans les casinos cubains. Tres, bongo, contrebasse, trompette, güiro, claves, maracas et chant suave, la formation est restée fidèle à la tradition. Formé par le guitariste Guillermo Castillo, le Septeto Habanero (huit musiciens en réalité) fut d’abord méprisé à ses débuts par les milieux bourges, qui le considéraient trop « africain » dans ses vibes. Le temps et le talent aidant, il perça, connut une fabuleuse histoire à géométrie variable et devint un classique du genre. Au panthéon des dieux du son (Le trio Matamoros, le Sexteto d’Ignacio Piñeiro…). Sans tapage ni paillettes. A noter également : la parution d’un autre revival, façon « papy fait de la résistance! », aussi excellent que celui-ci sous la même enseigne (Lusafrica/BMG). Il s’agit de l’album Eterna melodia du Tipico Oriental (formation née en 1945), qui nous invite à continuer ce voyage dans l’authenticité cubaine. Sans trop de flonflons à tendance commerciale.