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4
sur 5

Se7en Dub est un des groupes les plus méconnus de la scène électronique française. Le terme de musique électronique est d’ailleurs trop réducteur puisque Patrick Bylebyl (basse, guitare et prog.) et Guillaume Metenier (claviers et prog.) ont déjà une carrière de musiciens de studio derrière eux (Babylon Fighters, Satellites, Last Poets). Un parcours étonnant : de Bondage à Pro-Zak Trax, du rock-reggae contestataire à la house-soul-dub sophistiquée. Cette traversée du spectre musical irrigue Bricks, leur deuxième album, de mille nervures sonores. Ce duo parisien produit un mélange fluide d’électronique et d’acoustique où il est impossible de discerner une dominante particulière. Les parties acoustiques sont enregistrées puis manipulées comme une matière brute, afin d’être reconstruites comme une mécanique précise et vivante, fusionnant soul, dub et deep house. Si le procédé est classique, le résultat est plus intéressant que nombre de productions dub actuelles.

Bricks associe parfaitement rythmiques deep house et orchestrations soul-dub oniriques. Ce diptyque provoque une schizophrénie assez étrange chez l’auditeur. Le corps souhaiterait parfois danser, mais l’esprit lui refuse cette faveur, paralysé par un filtre sonore subliminal. Golden goal, Greater love et Lightnin’ semblent avoir été écrits pour accompagner l’errance mentale d’un Blade runner amnésique. Un long voyage enveloppé de moog vaporeux échappés de Trouble man. Plus terrien, Se7en dub is a must est le seul dub acoustique de l’album. Son riddim mystique et paresseux possède la lumineuse assurance des instrumentaux de Steel Pulse.

Sur trois titres, la voix et les paroles d’Angelique Wilkie (danseuse professionnelle jamaïcaine installée à Bruxelles) donnent au dub futuriste de Bricks une enveloppe humaine, sensuelle et bluesy. La chanson Bricks est une des plus belles déclarations d’amour jamais écrite à un homme. Un instantané intime sur l’indifférence amoureuse, constat amer d’une passion ayant atteint son point de dépression critique. Grâce à sa production soul 70’s, Bricks échappe à la raideur martiale du dub électronique. L’album évoque plutôt ce sentiment curieux de torpeur et d’euphorie ressenti aux premières lueurs de l’aube, après une nuit de veille rédemptrice.