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4
sur 5

Premier album de Rodney Smith sur Big Dada, division hip hop de Ninja Tune, et pas loin d’un coup de maître ! Ce qui frappe avant tout, c’est l’assurance de ce nouveau venu dans la scène hip hop anglaise, souvent plus innovatrice que les autres : un phrasé magistral et plutôt lent, une voix grave et rocailleuse dont s’échappent des accents caribéens, pas de tics maniérés et de l’humour même ! Proche d’un Jeru The Damaja, Roots Manuva a clairement un charisme prometteur, qui lui permet de rendre l’air électrique à chaque saisie de micro. Côté production, rien à redire : sobriété des beats, samples chauds et souples, sombres souvent, comme dans Movements, qui ouvre l’album, et parfois tranchants comme des frippertronics. Si quelques titres comme Dem Phonies ou Inna et des interjections comme « Roots Fi discotheque ! » montrent clairement son influence ragga/reggae/dub, d’autres se font plus lyriques et urbains comme Jungle Tings proper ou Soul deca, confinant parfois à l’étrange, telles certaines productions de Tricky. Baptism parvient à être cosmique sur un rythme saccadé, Strange behaviour est une sorte de tube dub solidement arrimé à une fusée vers une autre planète et Big tings gidwarn est la rencontre entre un rastafari de bon ton et Pierre Henry. Sinking sands, plus urbain, te parle sérieusement, auditeur. Wisdom fall est une tentative de groove décalé, Clockwork un petit chef-d’œuvre de précision, d’ambiance inquiétante (ce que Massive Attack n’arrivera jamais à faire, par exemple) et de menace : Roots Manuva vous parle et ça ne rigole pas, ok ? Cornmeal dumpling, moins original, se rapproche d’un trip hop sans âme, ne serait-ce cette voix de chanvre fier qui tonitrue ! Fever ressemble à s’y méprendre à du A Tribe Called Quest et c’est plutôt agréable. Oh yeah repart sur des terrains expérimentaux de bip bip qui rebondissent sur une rythmique delay-ée et agrémentée de voix tordues. Enfin, Motion 5000 commence sur des cordes chaudes qui rappellent le travail de Saul Williams sur le même label. Un peu de lyrisme pour finir le disque, parfait !

Pour conclure, ce premier album de Roots Manuva (qu’il a principalement produit) est une merveille de rap noble et riche de sa pauvreté, et dont tout le charme tient dans le grain de voix et la sobriété avec laquelle la musique est distillée. Ajoutez une pochette post-moderne, anti hip hop au possible (comme du old school tout neuf !) et vous obtenez un disque rare. Roots Fi Discotheque !