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4
sur 5

On le voit au verso de la pochette du CD ainsi que dans le livret, Richard Thompson n’est pas un jeune homme. Pour ceux qui ne le connaissent pas, ce gentleman typically british est un des plus grands musiciens que la perfide Albion ait connus dans ce siècle pop. Si ce nom vous est étranger, celui de Fairport Convention ne vous en dira pas forcément plus. Pourtant, dès 1969, en Angleterre, Fairport Convention inventait le folk rock tel que l’ont joué au même moment Nick Drake, Jefferson Airplane et Van Morrison en Angleterre, Bob Dylan, The Byrds, The Band et le Buffalo Springfield de Neil Young aux Etats-Unis et duquel se sont inspirés Elvis Costello, Bruce Springsteen, Bob Mould (quand il joue en solo), Evan Dando et David Byrne. Sans oublier la crème de la crème avec REM.

Que de références se réfèrent à ce seul nom. Un nom qui évoque les riches années soixante, les clubs de la proche banlieue de Londres, les jams avec Jimi Hendrix (le moyen que Richard Thompson trouva pour se faire remarquer !) et la sublime voix de Sandy Denny avec laquelle il créa les plus belles pièces du Fairport. Depuis qu’il a quitté le groupe en 1975, que Sandy Denny a rejoint les anges (après avoir partagé le micro de Robert Plant sur The battle of Evermore sur Led Zeppelin IV) et après avoir traversé sans doute involontairement un désert trop long, Richard Thompson nous offre régulièrement (mais trop rarement) l’occasion d’entendre de l’excellent rock. Ce fut le cas avec I want to see the bright lights tonight en 1974 (plus bel album cette année-là avec le Rock bottom de Robert Wyatt), Shoot out the light en 1982, puis, plus régulièrement dans les années 90, avec Rumour & Sigh (1991), Mirror blue (1994) et l’avant-dernier en date You ? Me ? Us ? il y a trois ans.

Mock Tudor, comme les deux albums précédents, c’est un peu pour Richard Thompson ce que Hard stuff, Dangerous madness et Citizen Wayne (respectivement en 95, 96 et 97) sont à Wayne Kramer et I just wasn’t made for this time à Bryan Wilson (1995) : un juste et ô combien bénéfique retour aux sources. A l’instar des leaders du MC5 et des Beach Boys, Richard Thompson crée pour nos oreilles ébahies le rock le plus intelligent qu’il nous ait été donné d’entendre depuis… (il ne sert à rien de compter). Tout y est parfait tant il sait mieux que quiconque écrire des chansons qui savent mêler la brillance du texte, la simplicité des mélodies, la richesse des harmonies et la justesse des arrangements. A tel point qu’on ne peut s’empêcher de se demander pourquoi il n’a jamais cassé la baraque ? Un guitariste aussi inventif que lui (à telle enseigne qu’on ne peut compter le nombre de gratteux qui jouent « à la manière » de Richard Thompson), un chanteur aussi proche de la perfection du King (Cocksferry queen en ouverture) ne peut rester plus longtemps dans le silence médiatique et l’ignorance publique. D’autant que, comme beaucoup, on avait manqué la sortie officielle de ce disque et qu’on n’en parle que quelques semaines après son arrivée dans les bacs. Faute avouée est à moitié pardonnée surtout que, depuis, on encourage tout le monde à s’offrir cette pièce indispensable. Avec celle, oubliée aussi, d’Alex Chilton (Loose shoes and tight pussy sur Last Call Records / Wagram sorti en novembre) et une autre, à venir et du même acabit de Dr John (Duke elegant).