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4
sur 5

Le label anglais Leo Records possède déjà de nombreuses références, mais reste assez méconnu du grand public malgré des productions d’un très grand intérêt tant au niveau des rééditions (Sun Ra, Cecil Taylor, Chadbourne, etc.) que de la production de nouvelles formations innovantes et sortant des sentiers rebattus d’un jazz trop souvent ennuyeux. Cette formation française en est un exemple plus que marquant, et prouve, s’il en était encore besoin, qu’Uncle Leo (surnom de Leo Feigin, fondateur du label) attire, en dépit de la relative confidentialité des ventes, les meilleurs talents actuels du jazz contemporain.

Autour de Dan Warburton (pianiste mengelbergien, compositeur et arrangeur du groupe pop français Tanger), on retrouve des prodiges, encore inconnus, des musiques improvisées, qui nous servent ici une certaine nouvelle idée du free-jazz. Parmi ceux-ci, on remarquera particulièrement Edward Perraud (membre de OOOO, Shub Niggurath et Schams), batteur époustouflant malgré son jeune âge qui, par son jeu ouvert et inventif, donne une pulsation étrange à chaque note, insuffle une volonté de vie à une musique beaucoup moins ardue qu’il n’y paraît. Un quartet de prime abord classique (piano, batterie, saxo, basse), aux relents d’Ornette Coleman (le violon !), pour une célébration toute en finesse d’une vision décalée du jazz contemporain, servie par une composition et une interprétation hors pair de musiciens tout autant techniciens confirmés que producteurs d’affects musicaux profondément touchants.

Leurs compositions originales s’inscrivent dans la continuité de l’esprit du free-jazz, tout en rompant avec lui par leur manière d’envisager les souffles et les espaces sonores. Jamais minimale pourtant, leur musique ne s’épanche pas et livre l’essentiel, rien que l’essentiel. A l’image du nouveau-né babillant dans un tas de vieux 33 tours de free-jazz, l’auditeur acquiert une écoute ludique et surprenante, découvrant une musique indubitablement fraîche et protéiforme. Comme pour enterrer la hache de guerre entre la musique improvisée, le jazz improvisé et le free-jazz version old school, ce « retour de la nouvelle chose » fait le pli et le dépli entre des genres annexes éclatés, qui s’agrègent un instant dans ce jazz définitivement personnel et non grégaire, se démarquant des standards sclérosants d’une scène française peu productive, il faut bien l’avouer.