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3
sur 5

Voilà un groupe dont on ne savait rien avant de recevoir un mail de présentation : « Bonjour, nous sommes Quincannon et nous aimerions avoir votre avis sur notre premier album. » Intrigué et toujours curieux, nous rappelons pour en savoir plus et apprenons que ce joyeux quintet n’est autre que le groupe de Henri-Jean Debon vidéaste et metteur en images des Noir Désir. C’est d’ailleurs Frédéric Vidalenc (ex-bassiste de Noir Désir) qui, accompagné de Dominique Brusson (déjà sur Remué de Dominique A), assure la maîtrise des potards. La relation avec le groupe bordelais s’arrête là (sauf sur le titre qui donne son nom à l’album !) puisque dans sa présentation, le groupe, composé de Henri-Jean Debon (guitare – chant), Caroline Singer (guitares), Philippe Léothaud (basses), Claude Clorennec (batteries) et Juliette Debon (claviers), déclare aimer : « le girl power, la chanson américaine, le jazz, les morceaux courts mais pas trop concis, la tête de Will Oldham, son crâne, etc. » Toute chose que l’on retrouve dans leur musique pas toujours facile à décrire mais très souvent surprenante.

Ce qui surprend avant tout, c’est la voix du chanteur (Debon donc) qui joue sur un registre minimal, mais si minimal que la prononciation des textes en anglais semble confinée à l’exercice scolaire. Voulu ou héritage d’une série de mauvaises notes à l’école secondaire ? Dark Willy is the fruit, second morceau de l’album pourrait apparaître, quant à lui, comme un simple exercice (raté !) de cohérence des mouvements pour un batteur. Il n’en est rien et il a plutôt l’air d’un hommage au travail rythmique pataphysique d’un Robert Wyatt avant son long arrêt maladie. Ailleurs, les morceaux sont plus classiquement construits rappelant quelques belles références étonnamment pas citées dans le « j’aime / j’aime pas » du groupe. Ici Beatles du Double blanc jammant avec le Sonic Youth de Dirty (Littlarm, Moe O’Korn, My Austrian Bull ou Hewas Water), là, Placebo tout en clarté (la voix et la guitare sur Toupet, forcément un des plus beaux morceaux de l’album) et presque en ligne claire (Boyman). Ailleurs, beaucoup plus bruyant mais réussissant un superbe morceau hardcore teigneux et mélodique (Her and Dishonour, du coup on peut facilement imaginer ce qu' »elle » a fait !), ou, au contraire, bucolique -voire campagnard)-à souhait tel un Will Oldham cité comme référence (Wolfy) ou Passion Fodder qui devrait l’être (Family of Love, Old Me), le groupe reste inclassable, à l’instar de ces quelques Français qui ont su nous surprendre depuis quelque temps, des Perio, ou Playdoh déjà vus ici, Dionysos malencontreusement oubliés dans ces cyber-pages, et Oslo Telescopic ou Programme (ex-Diabologum, cité aussi comme référence de Quicannon) qui arrivent dans la prochaine réactu.