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3
sur 5

Ces derniers mois, on avait beaucoup parlé des démêlés de Public Enemy avec l’industrie du disque. Le groupe était en conflit ouvert depuis longtemps avec son label, Def Jam, pour cause d’Internet : en effet, PE mettait à disposition des internautes, sur son site Web, des morceaux inédits au format MP3, ce qui n’était pas du tout du goût de la major américaine. Si bien qu’en bons ennemis publics n°1, Flavor Flav, Chuck D, Terminator X et Professor Griff décidèrent purement et simplement de dire merde à tout le monde, de prendre la poudre d’escampette virtuelle pour se poser sur le Net, refuge de toutes les libertés (hum hum, faut le dire vite). Entre conf’ de presse assassines et webcasts live, PE préparait sa rentrée : There’s a poison goin on…

D’abord disponible sur le Net, avec l’aide d’Atomic Pop, label virtuel, cet album débarque en dur -comprenez sur support CD- en Europe, sous licence PIAS, un des derniers labels indépendants, donc susceptible de foutre un peu la paix aux terroristes du rap. D’ailleurs, terroristes, le sont-ils encore vraiment. Car There’s a poison goin on… sonne par moments furieusement funky, et incite plus à la danse qu’à l’émeute. Mais rassurez-vous, amateurs de rap en mal d’une bonne crise de nerfs, PE n’as pas mis trop d’eau dans le bain d’acide qu’est son discours : on aura tout compris, passé l’intro Dark side of the wall : 2000, dès l’attaque de l’une des bombes de l’album, Do you wanna go our way ??? : « Here we go again, back to the roots, back to the roots ! ». Ça va faire mal, Flav, Chuck et consorts sont dans la place, et ça groove très très fat. Beat d’acier, basse marteau à double vrille inversée, lyrics en forme de shuriken, si t’aimes pas, tu vas t’en prendre plein la face quand même.

On reprochera certainement à Public Enemy de sonner un peu trop old school, de ne pas donner dans le sample dernier cri, et peut-être, de ne pas avoir su renouveler le discours. Mais il faudrait un peu savoir ce que l’on veut. Aujourd’hui, le rap est beaucoup affaire de technique, de création, on s’extasie volontiers sur telle ou telle prouesse. Plus beaucoup de rage au ventre, de rimes qui tuent, d’attitudes tranchées, chacun serre les fesses pour avoir une part du gâteau. PE reste fidèle à son image, et son groove pernicieux –Crayola, Last mass of the caballeros– devrait au moins vous inciter à vous bouger le cul en débitant quelques insanités. Ça fait du bien.