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3
sur 5

Cette courte leçon de piano (de synthétiseurs, plutôt) pour débutants nous est offerte par trois jeunes garçons de Birmingham, eux-mêmes débutants, de la bande à Broadcast et Pram, comprenez : petites chansons rêveuses et électroniques (toujours instrumentales), qui compensent leur manque d’ambition par leur délicatesse. Plone a eu l’insigne honneur d’être signé sur Warp après seulement un 45 tours sur feu l’adorable label Wurlitzer Jukebox. Après un maxi et un titre remarquable sur Warp100, voici notre commando analogique en action.

Première influence forte : Ennio Morriccone. On my bus, Top & low rent, Busy working out, The Greek alphabet et Press a key sont des concentrés de musique de films, à base de nappes de synthés, clavinette, moog, etc. Facile d’imaginer le scénario : ce sera une comédie dramatique ou un polar, de préférence dans la grisaille d’une banlieue anglaise (souvenez-vous de l’excellent Get Carter).
Dans l’ensemble, le résultat évite (parfois de justesse) la caricature et les morceaux restent émouvants, peut-être pas assez. Deuxième influence : Jean-Jacques Perrey. Dans le registre de la comptine pop, on trouve donc Marbles (très Stereolabien), le magnifique Plock (déjà présent sur le maxi), le très mignon Bibi Plone, qui devrait endormir tous les bébés phoques agités de la planète et le génial Be rude to your school, doté d’une mélodie renversante, d’une richesse bienvenue par rapport aux autres morceaux et d’une rythmique solide. On leur conseillerait d’ailleurs d’être aussi un peu plus rudes envers leurs morceaux, qui souffrent de timidité. Enfin, Summer plays out termine le disque de façon très triste et très ambient. Plus long, sans rythme, il nous laisse perplexe.

Plone a un son, des idées, une ligne stylistique séduisante. Ces neuf courts inédits ne suffisaient cependant peut-être pas à faire un album. La compagnie des autres artistes de Warp doit être aussi flatteuse qu’encombrante pour le jeune trio, signé peut-être un peu tôt sur l’enseigne de Sheffield, qui fête ses 10 ans d’existence. Mais il est bon que la techno soit pervertie de l’intérieur par les morceaux polis (aux deux sens du terme) et mélodiques de Plone, comme la pop l’a été avant elle par la vague Lo-Fi… Encore quelques leçons de piano ?