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4
sur 5

Rahan, fils de Crâo, transporte-nous vers les âges farouches ! Oui, mais pas n’importe quand : circa 1980, une époque barbare, sans portables… Oui, mais pas n’importe où : Earls Court, ce soir Roger et sa bande construisent Le Mur pour quelques représentations exceptionnelles…
Roger a les boules, il voit des araignées partout et ça nous a valu un double album (qui faillit être triple) célèbrissime. Roger voit grand, « So ya. Thought ya. Might like to go to the show. » Envoyez les briques et la pyrotechnie ! L’emballage de ce coffret anniversaire est grand luxe. Oui, mais le contenu ? Ceux que le Floyd a toujours fait bâiller peuvent se rendormir sans crainte, non le public ne s’éclate pas en un gigantesque pogo paillard. Malgré la date de l’enregistrement, ne pas confondre pinky et punky. Tout le monde assis et les fauteuils sont aussi rectilignes que les pavés du mur. On est pas là pour déconner, on est là pour se goinfrer les états d’âme de Roger.

D’ailleurs, sommes-nous dans un concert rock ou au théâtre ce soir ? Pile entre les deux, en fait. Ici, la dimension visuelle est primordiale et le livret n’est pas chiche en photos-chocs. Roger Waters avait conçu son œuvre comme un spectacle total. Donner un show aussi complexe constituera une performance même pour un groupe familier des prestations high-tech. Evidemment, le moindre écho est restitué à la perfection… Bob Ezrin a considérablement marqué les sessions studio (entre Nice, Los Angeles et New York) ; pour le live c’est son assistant James Guthrie qui est derrière la console, et il emploie les grands moyens. « The show must go on ! »

Le seul inédit reste anecdotique, mais paradoxalement c’est une addition de talents qui concrétisera le cauchemar parano de Waters… David Gilmour donne un peu plus de mordant à ses guitares et supervise la cohésion musicale, les claviers de Richard Wright gagnent en relief (alors que Maestro Roger songeait à l’éjecter lors du séjour sur la Côte d’Azur), le bestiaire coloré de Gerald Scarfe hante la salle. Mais les impératifs du récit interdisent les escapades. Pour terminer, profitons de l’absence de Claude Berri dans la salle pour remercier Jonathan Park et Mark Fisher, les concepteurs du Mur ! « Goodbye cruel world »… Roger voit-il toujours des araignées ?…