Phil Minton est un improvisateur vocal anglais inlassable, actif depuis plus de quarante ans. S’il est également trompettiste, c’est avant tout sa voix, organe protéiforme et virtuose, qui a fait sa renommée. Minton semble capable de faire passer tout le réel dans sa voix : chant, bruits d’animaux, sons d’objets, borborygmes, cris, plaintes… Le monde entier des sons défile sur ses cordes vocales. Pour son concert dans le cadre du festival Sonic Protest, ce soir même à l’église Saint-Merry, il dirigera le Feral Choir, une chorale participative improvisée qu’il dirige à l’aide de gestes simples. Le but ? Non pas chanter à l’unisson mais éclater les multiples voix en un chaos sonore sans unité, dans une anarchie joyeuse et cathartique.

Chro_ Le Feral Choir existe depuis plus de vingt ans à présent. Qu’est-ce que ça fait de le diriger après tant d’années ?

Phil Minton : Je suis toujours galvanisé et surpris par les possibilités vocals de chacun, où que j’aille.

Quel était votre but en le créant ?

PM : Je voulais mettre sur pieds un son vocal collectif jamais entendu auparavant.

Vous performez avec des adolescents, des musiciens amateurs, avec des autistes et des détenus également. Quelle signification ça a, de travailler avec des personnes en marge de la société dite « normale » ?

PM : La plupart des participants sont en marge du normal, moi y compris !

Les improvisateurs d’hier et d’aujourd’hui disent souvent que l’improvisation, c’est la liberté, l’émancipation, égalité. Et vous, quelle est votre conception politique de l’improvisation ?

PM : L’anarchisme.

Vous partez parfois de textes de William Blake ou de James Joyce. Vous percevez-vous comme un poète sonore ? Que vous apporte la poésie ?

PM : Les mots n’ont de signification que locale. Au contraire, Blake et Joyce sont parvenus à transcender les significations littérales des mots.

Nous avons en France une longue tradition de poètes sonores, d’Henri Chopin à Bernard Heidsieck en passant par François Dufrêne. Que pensez-vous de leurs œuvres ?

PM : Je ne me suis jamais perçu comme un poète sonore, seulement comme un chanteur, mais j’admire ces trois poètes et bien d’autres parce qu’ils ont bouleversé la poésie, de même que j’admire Cage, Coltrane, Stockhausen, Pollock et bien d’autre. La musique, c’est ce que nos oreilles font avec les sons.

Un des aspects importants de votre musique consiste à pousser le corps jusqu’à certaines de ses limites. Comment menez-vous vos choristes à expérimenter leurs propres limites?

PM : Avant les répétitions et les concerts, je fais un atelier d’échauffement. Nous rions beaucoup et je dis à mes camarades de ne pas forcer leur voix. Chanter lorsqu’on est anxieux, ou simuler la colère à l’aide de sa voix, par exemple, peut l’endommager. Je recommande également de ne pas parler trop.

Avez-vous préparé quelque chose de particulier pour ce concert à l’église Saint Merry ?

PM : Une église est une formidable chambre acoustique qu’il vaut savoir utiliser à bon escient. Sur place, je ferai les ajustements nécessaires pour adapter le chœur à cette situation unique, mais chaque incarnation du Feral Choir est déjà unique.

Quel est votre meilleur souvenir avec le Feral Choir?

PM : Un participant m’a dit un jour que participer au chœur avait été la plus belle expérience de sa vie.

CHARLEMAGNE PALESTINE & MONDKOPF
THOMAS BONVALET & JEAN-LUC GUIONNET
PHIL MINTON’S FERAL CHOIR

MERCREDI 8 AVRIL 20h
ÉGLISE SAINT-MERRY / PARIS
76, rue de la Verrerie, 75004 Paris
14€ (prévente + frais de loc) / 17€ (sur place)
Avec la complicité des Instants Chavirés, la Muse en Circuit et In Paradisum

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