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5
sur 5

On craignait un peu pour la survie du beau label Mo’Wax, silencieux depuis quelques années après l’état de grâce 90’s (Dj Shadow, UNKLE, etc.). Puis, quelques signes de renouvellement apparurent sur la surface lisse de la production anglaise : un nouvel album du mythique producteur David Axelrod et un premier disque de toute beauté des anglais rétro-futuristes de Parsley Sound posent les jalons d’une remise en question théorique du label anciennement connoté trip-hop : l’ancienneté peut ici être une forme de nouveauté. La prise en compte en termes de son et de production d’une culture passée (oubliée ?), est aujourd’hui la meilleure preuve d’attachement à la musique populaire sous son meilleur jour.

Danny Sargassa et Preston Mead, les deux membres de Parsley Sound, ont produit un disque étrangement intemporel : gorgé de souffles, de murs de sons, de sifflements de bandes et d’hyper-compressions, qui écrasent tout et rendent les morceaux lointains, indistincts, brumeux et flottants. Et cependant, quels morceaux ! Parsley Sounds est un des disques psychédéliques les plus agréables à entendre en cette rentrée, juste à côté du dernier Broadcast, voisin de beauté, où le son fait sens et réciproquement. L’influence monumentale de la musique psychédélique dite soft-rock, des 60’s (The Millenium, Sagittarius, Harpers Bizarre, et aussi Mamas and Papas, Everly Brothers) est transcendée par ce traitement particulier du son, qui étouffe et distingue à la fois. Les mélodies sont inhabituellement réussies pour un groupe pop-rock contemporain, relevant de l’idée de pop la plus pure, la plus essentielle, celle portée par la mélodie et les harmonies, la simplicité de façade et la complexité de coulisse. Les chansons sont amples et féeriques, de surfaces et de profondeurs, généralement lentes, marqués par des réminiscences, proches ou lointaines, de rythmes et de textures. Le mixage du disque va a contrario des habitudes de production mainstream, où tout est gonflé et compressé au même niveau. Il offre ici nuances et subtilité, retraits et illisibilité, et provoque l’écoute attentive (« less is more »).

Ajoutons à cela des inserts électroniques (le premier single de Parsley Sound est sorti sur Warp) qui relèvent d’abord de Raymond Scott ou Joe Meek, et des rythmiques bâties sur des beatboxes et des softwares récents, mais filtrées à l’ancienneté (un kick passé dans un ampli à lampes, légèrement saturé), et voilà un des plus beaux objets discographique de la rentrée. Entre spontanéité pop et sophistication électronicienne, Parsely Sounds se joue des ambiguïtés de l’époque et offre une musique inouïe (jamais entendue auparavant). Beau travail.