Fondé en 1971 par Ralph Towner, Collin Walcott, Glen More et PaulMcCandless, tous quatre issus du « Winter consort » du saxophoniste Paul Winter, Oregon incarna durant de nombreuses années une manière d’ouverture oecuménique du jazz en lançant des filins vers toutes sortes de traditions extérieures, des anciennes musiques de chambre (ce que faisait déjà Winter) aux musiques orientales, lesquelles prirent bientôt une part prédominante dans les climats imaginés par le groupe. Ultra populaires parmi certains mouvements contestataires dans les années 1970, Oregon devint même une sorte de groupe culte pour toute une frange des courants écologistes, se forgeant une réputation qui allait bien au-delà de la simple musique. Dans les années 1980, le groupe entre dans le giron d’ECM et, avec Trilok Gurtu aux percussions (qui remplace Collin Walcott, décédé dans un tragique accident de voiture lors de la tournée de promotion de l’album Crossing, en 1984), intègre les synthétiseurs et l’instrumentation électronique à son melting-pot acoustique venu des quatre coins du monde.

Les dernières nouvelles du groupe dataient d’il y a cinq ans, et c’est bien sûr avec plaisir qu’on les retrouve dans ce Prime sur la pochette duquel un énorme sticker indique qu’il fête cette année son 35e anniversaire. Las ! Avec Mark Walker aux percussions et un Paul McCandless raide comme la justice au saxophone soprano, la lumière du soleil de cet Oregon façon XXIe siècle s’avère malheureusement bien pâle. Certes, il y a toujours les splendides compositions de Ralph Towner, qui signe la majorité des thèmes de l’album (parmi lesquelles une reprise du magnifique et obsédant Toledo, version qui n’égale cependant pas celle qu’il donnait dans A Closer view, son duo avec Gary Peacock) et nous épate toujours par ses arpèges et ses splendides solos. Reste que l’album se déroule à un train de sénateur et alterne des morceaux agréables avec d’autres tout à fait insignifiants, où l’on déplore de nombreuses facilités et quelques concessions malvenues à l’air du temps. Tout cela manque singulièrement de pêche et de relief, et l’on se surprend par moments à se demander où est passée la section rythmique tant elle brille par sa discrétion et sa monochromie. Malgré quelques beaux moments, ce retour laissera les amateurs de l’Oregon « grande époque » sur leur faim.

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