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4
sur 5

L’aventure du Buena Vista Social Club continue son chemin avec succès, au risque de faire passer le coup de cœur de Ry Cooder pour une vulgaire histoire de showbiz qui rapporte… La légende, elle, sera difficilement remise en cause dans quelques années. Il était une fois, dira-t-on, un groupe de vieux papys qui enflamma les scènes du monde entier, en restaurant le son d’une époque bénie de la musique latino-américaine. Consécrations, tournées, ventes de disques : une véritable histoire d’amour s’établit dès lors entre Cuba la métisse et un public planétaire, friand de nouvelles sonorités, raffinées et raconteuses d’histoires. Compay Segundo fut choisi par le destin pour être le porte-voix de la génération d’artistes remis au goût du jour. Un Grammy Awards et un film de Wim Wenders firent le reste. Du coup, les paris des producteurs se multiplièrent. D’un album hommage, on passa très vite à une série d’albums solo pour plusieurs des membres du Buena Vista. Ruben Gonzalez, Ibrahim Ferrer, Eliades Ochoas… Et, dans la foulée, sortit en avril 2000 un excellent album d’Omara Portuondo.

Qui aurait pu le penser ? A 15 ans, la reine du « filin » -sorte de bossa-nova à la façon cubaine- recrutée comme danseuse de cabaret appréhendait la scène avec horreur, par peur de devoir montrer ses jambes. A 70 ans passés, elle est devenue l’une des pièces clés de la folle équipée mise sur pied par World Circuit, grâce à un duo avec Ferrer (Veinte años de Maria Teresa Vera). Son parcours ? Elle commence par chanter pour un groupe de jazz, avec sa sœur cadette Haydee. Elles alternent standards américains et compositions originales. Au piano se trouve alors Frank Emilio. Dans les années 50, les deux sœurs, rejointes par Elena Burke et Moraima Secada, créent un quatuor vocal à succès, Las d’Aida. En 1967, Omara souhaite voler de ses propres ailes. Boostée par le régime au pouvoir, elle parcourt le monde en virtuose interprète du patrimoine national. Malheureusement, ses productions discographiques n’ont pas toujours su restituer tout son talent, excepté Palabras et Desafios, sortis en Espagne durant les années 90. Ainsi que ce dernier opus, enregistré avec la complicité du Buena Vista Social Club au complet. Sa voix rayonne sur le big band. L’album est à ranger avec plaisir aux côtés de tous les autres. Rien à jeter dans l’ensemble. Reste à savoir qui sortira le prochain Buena Vista. Pourvu que ça dure…