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3
sur 5

C’est à Bob Thiele, producteur historique du label Flying Dutchman, qu’Oliver Nelson doit l’idée de ce disque où, avec une avance confondante sur son temps, il marierait acoustique et électronique dans un grand ballet jazzy et unirait, ce qui n’était pas forcément courant à l’époque (janvier 1975), ensemble de cuivres et synthétiseur Moog. L’inévitable Lonnie Liston Smith s’en donne donc à coeur joie sur les mythiques matériels mis à sa disposition (Arp, Fender Rhodes et autres antiquités), et donne son irrésistibe touche sci-fi aux arrangements sophistiqués d’un compositeur qu’attirent visiblement les pulsations rock et R’n’B du moment. Le résultat, franchement hétéroclite, ne manque assurément pas de charme : à deux thèmes qui ne dépareraient sans doute pas dans les play-lists choisies des endroits à la mode d’aujourd’hui (Skull session et son imparable riff électronique au début de la face A, Dumpy mama en archétype du funk électro qu’on reproduira au kilomètre par la suite au début de la face B) en répondent six autres qui, d’une manière plus conventionnelle, viennent rappeler le brillant parcours du compositeur et instrumentiste (il est présent à l’alto sur chaque piste) de Saint-Louis : des arrangements énergiques et originaux (Reuben’s Rondo, hommage à son premier employeur new-yorkais, Reuben Philipps, directeur du groupe de l’Apollo Theater à Harlem) ici, des thèmes obsédants qui s’impriment comme un générique de série télévisée (Oliver Nelson a écrit d’innombrables musiques pour le cinéma et la télévision -tous les américains connaissent à l’époque celle de The Six million dollar man) ailleurs.

Lonnie Smith est aérien, Shelly Manne (batterie, en alternance avec Jimmy Gordon) et Willy Bobo (percussions) tout à leur affaire, les souffleurs (Buddy Collette, Billy Perkins et Bobby Bryant, notamment) dansent sur place. Il va sans dire qu’Oliver Nelson ne rejoint pas ici les sommets de The Blues & the abstract truth, son chef-d’oeuvre ; il n’en laisse pas moins là une galette singulière dont l’emballage (une tête de mort ostensiblement raccordée au secteur -déjà) ne manquera pas de susciter la curiosité des amateurs d’excentricités seventies. Ils y trouveront à la fois de quoi nourrir leur appétit de matière première pré-électro, un honorable disque de jazz et le testament du compositeur qui, dix mois plus tard, succombera à une crise cardiaque à Los Angeles.