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4
sur 5

Les dernières fois que Necro nous avait accroché les globes oculaires, c’était lors de la sortie de son combo pack Gory days DVD. Cette édition spéciale (l’album Gory days bonus + le DVD spéciale édition) réunissait ses frasques déjantés sous la forme de courts métrages (à voir de toute urgence), de clips (Uncle Howie et Mordechaï qui se défoncent trente aiguilles par jour) et d’extraits de lives (très mal filmés, mais bien placés) et autres sessions radio (Bobbito Garcia s’en prend plein la bouche). L’album de cette édition plaquait également le savoureux Violons of violence en bonus track, redonnant un peu de sang aux jugulaires de l’opus. Style vampire. Mais lorsqu’on parle de Necro, le problème (pour certains auditeurs), c’est l’haleine. De fait, si vous avez inopportunément une haleine qui fleure l’ail et que vous voulez adopter un vampire… Comment pourrait-on vous expliquez que vous avez fait un mauvais choix ?… Vous voilà pris au piège… Le piège de l’archange du démon, celui de la route sans fin ou de la femme à la tête de strige (parlons donc de ces bonnes vieilles striges, surtout pour les bisexuels, que nous n’oublions bien évidemment pas, car il faut du sexe pour faire un monde nouveau). Célibataire endurci ou mou du gland ? Un peu de Necro et ça repart petit canard…Voici le retour de l’auteur de I need drugs, celui qui balança entre les cordes vocales de Cage une des plus belles prods de sa vie (Agent orange). Ce Necro dont beaucoup doutent de l’intellect (style vampire donc, ou genre ce mec est un gros bourrin qui veut uniquement de la tune et du cul ou ce gars est un rusé qui sait ce qu’il fait…). Ce Necro là nous livrait un pur DVD qui remettait notre pendule à l’heure en appliquant à la petite aiguille un style gore décalqué.

A sa façon, Necro est en train de marquer l’histoire du rap. On devisera qu’il le fait d’un sceau dont le fer provient sûrement des entrailles d’un démon qui rigole en enfer (pour ceux qui ne croient ni en l’enfer ni au paradis, ni aux anges, ni aux démons, on dira : un mourrant qui rigole sur son lit de mort). Ce juif new-yorkais n’a jamais vraiment appartenu à une famille du rap, n’a jamais montré l’envie ou la velléité de se frayer un chemin dans un crew, une tribu, mis à part son entourage (Psycho Logical & Non Phixion Crew…) et leurs barbarismes fricassés (« Les clans c’est pas mon truc, je produis et je frappe pour moi-même avant tout. Il m’arrive de produire pour mon frère ou de lâcher quelques prods pour des gens dont j’apprécie le boulot. Mais je n’ai en aucun cas envie qu’on me range dans une famille du rap, style producteur new-yorkais affilié à tel crew. J’emmerde l’industrie du hip-hop et tous les lécheurs de couilles qui croient que seuls trois ou quatre producteurs peuvent vendre des disques par millions, qu’il n’y a que maximum 5 ou 6 formats de sons dans le hip-hop. J’ai du funky gore shit a revendre, personne ne propose ca au public. Personne n’a jamais injecté autant de gore dans le rap que moi, et personne ne pourra jamais me surpasser dans ce domaine. J’emmerde le monde du rap. Il pue la merde et pas seulement parce que je lui chie dessus. »). Pépère, Necro continue à vendre ses films porno, à collectionner les armes et à éditer son hip-hop, au nez et au bouc de Timbaland (la bombasse The Hump off en fin de morceau, tranche imparable qui reprend un instru produit à la base par Timbaland pour Lil’Kim et son The Jump off) en défonçant les beats à coup de crachats verbaux. Quand il rappe sur du Dre, c’est pour mieux défoncer la racine du rap mainstream, déverser un égout qui ruisselle d’impuretés sexuellement transmissibles. Et ce sans verser aucune royalties aux gros bonnets. Facile et pas vraiment surprenant, les deux titres se savourent pourtant très aisément. Pour le reste, Necro racle les fonds de tiroir, ce qui satisfera les fans les plus hardcore mais sûrement pas ceux qui en ont ras le cul de se farcir des freestyles et autres changements de textes à la sauce trop gâtée. Mais on est pas des chasseurs de goules que diable !

Necro repart donc une fois de plus avec un disque bourré de freestyles et d’inédits ( « comme d’habitude, on fera l’amour, comme d’habitude tu auras mal à la tête, comme d’habitude, j’essaierais de te toucher en douce, comme d’habitude, je banderais comme un âne, comme d’ha-bi-tu-de… »), un teaser qui annonce la sortie de son album Brutality part 1, prévu pour bientôt. Espérons que ce dernier essayera de franchir un peu plus le pas des schémas classiques auxquels il nous a habitué sur ses « albums parallèles » (et qu’il use jusqu’à la corde sur cet opus). Il faut suivre pas à pas son univers, car il demeure en cet artiste quelque chose de brut, de brutal, de barbarement incorrect. Quelques émois canalisés pas toujours en douceur, souvent en épaisse douleur, mais toujours envoyés dans la bonne direction. Comme une envie de vouloir toujours aller plus loin tout en restant dans un cercle (une arène par exemple) en désirant péter la mâchoire de son adversaire. Mais dans un but précis : pour que son sang se déverse en dehors des limites du terrain de jeu (le rap game par exemple), afin que jaillissent sur le public des filets de baves à l’hémoglobine rauque, qui ne peut s’effacer qu’au lavage de cerveau. Comme ces fameux combats de pitbull imaginaires, où les maîtres font tournicoter des tournevis pour traverser les langues canines en forme de pastèque. Le rappeur/producteur new-yorkais y arrive souvent, aux côtés de son frère Ill Bill (auteur du récent et très bon Ill Bill is the future) et de son oncle Howie (qui parle pas mal ici, à quand un full album ?). Necro arrive toujours à ses fins. Le problème, c’est qu’il joue un peu trop avec les pétasses et les canons sciés comme on joue au jeu du pendu. Pourtant, on dira que pour du pur concentré de rap hard et de jours sombres, cette galette trompe-l’oeil procure un contentement particulier, surtout lorsqu’on suit Necro depuis ses débuts. Street villains rebute par son côté « best-of » mis en boîte à l’arrache, et ses répétions souvent chiantes. Mais ce lascar de Necro est une histoire à lui seul, un conte qu’il faut commencer à lire depuis le début avant de pouvoir en savourer toute la moelle. On continuera donc à surveiller ses prochaines digressions de sadique du rap. Achetez tous des tournevis et arrêter de bouffer de l’ail. Essayez plutôt de serrer la main à un canon scié, au moins une fois dans votre vie.