PARTAGER
4
sur 5

La musique indienne serait-elle ’’tendance’’ ? On serait porté à le croire en voyant en l’espace de quelques mois ressurgir Shakti, et aujourd’hui un nouveau groupe aux accents voisins : Mukta. On ne peut être qu’admiratif face au travail des cadors du marketing qui atteignent ici des sommets : une pochette « Photoshopée » des plus soignées, avec une touche de Mondrian, une flammèche stylisée en guise de logo (déposé), un titre d’album sans équivoque à l’instar du Port-Salut, Indian sitar & world jazz, et un disque de remixes pour les dancefloors (dans l’esprit Indian Vibes). Il y a là une recherche manifeste de la « branchitude » à tout prix, pour ce qui ressemble plus à un produit qu’à une restitution artistique. Et malgré son nom épicé, le groupe n’est pas plus indien que Peter Sellers dans La Party, puisque les musiciens viennent de Nantes, ville plus réputée pour ses biscuits que pour son tandoori. Donc, dans la même lignée que la world cuisine qui sévit dans les restaurants parisiens, voici un premier essai musical travaillé à toutes les sauces : jazz, indien, groove et même reggae (Gange-Jah dance). Il serait donc légitime de redouter le pire. Pourtant, si le résultat est certes inégal, il n’y a là rien d’affligeant.

Les musiciens sont bien présents et cherchent à dessiner des univers sonores métissés assez plaisants. Brigitte Menon et son sitar -voix indienne du groupe- décore tout le disque de ses broderies orientales. Geoffroy Tamisier, discret mais lumineux, nous apporte la preuve qu’il existe une relève française pour la trompette, dans la droite ligne des sonorités évanescentes de Kenny Wheeler. Avec ces deux musiciens en première ligne, on pourrait croire que le désir est de cloner Codona, où Colin Walcott et Don Cherry se donnaient le change. Mais au risque de choquer, il me semble que Mukta réussit mieux le difficile mariage entre jazz et indien. Car là où Walcott privilégiait une certaine lenteur contemplative, Brigitte Menon donne plus de relief au sitar et c’est Tamisier qui arrondit les angles. Pour s’en faire une idée, on écoutera le sublime Portrait et l’intéressant Voices (qui peut décourager par son intro façon I Muvrini). Le seul problème de Mukta réside dans leur schizophrénie, puisqu’ils ne font ni du jazz, ni de la world, ni du groove, mais un peu de tout à la fois, le cul entre trois chaises au moins. Si Freud ou un exorciste croise leur chemin, le second album de Mukta promet d’être brillant.

Simon Mary (b), Brigitte Menon (sitar, tampura), Geoffroy Tamisier (tp, melodica), Jean Chevalier (dms, bcl, perc)