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4
sur 5

Le clown déluré de Faith No More, j’ai cité Mike Patton, revient en force après plusieurs années de pause avec son projet parallèle et décalé, Mister Bungle, réponse diaboliquement no-wave au rock métallisé new-yorkais. Grimaces musicales atroces, comptines délurées pour enfants en régression intense et définitive, rythmiques diaboliques portées par une scansion vocale infernale, musiciens speedés, à vif et lâchés dans l’antre du fauve Patton, production atomisée et totalement barrée, bref du Mister Bungle dans toute sa splendeur.

Rien d’étonnant pourtant pour l’initié puisque Mike Patton suit sa voie de vocaliste hors pair dans un univers rock de traverse, qui échappe à tous les schémas conventionnels. Dans Faith No More, il délivrait déjà ses performances vocales assez extraordinaires dans un déluge de sons plutôt hardeux. Ici, il s’attarde plus sur la composition et les couches de sonorités, oublie les impératifs de formatage de son label et se laisse aller, se laisse « vraiment » aller. On se demande d’ailleurs comment un tel ovni musical peut sortir indemne de la production et de la composition (un son dur et incroyablement dense) et d’une aussi grosse machine que la Warner Bros (soutien logistique du groupe depuis ses débuts). N’oubliez pas pourtant que, faute de mieux, ce genre d’album trans-genre est rangé en hard rock chez nos grandes enseignes Fnac ou Virgin. L’énergie et la violence sont là. Reste que la complexité compositionnelle, les mélodies intriquées et les strates d’instruments en font un album détonant, explosé en milliers de possibilités d’écoute, drôle à écouter et inquiétant à considérer plus d’un court instant.

John Zorn, saxophoniste producteur culte et pape du jazzcore et du punk rock épuré des années 90, ne s’y est pas trompé. Mr Bungle sera le groupe rock ultime de notre décennie. Deux ans après la fondation de ce groupe, Zorn s’essayait au rock dur et violent avec Painkiller (et ses performances SM renommées), en réponse respectueuse au combo de Patton qui démarrait alors. L’esthétique californienne selon Mr Bungle (dernier all star band des scènes downtown de New York) est bien loin du rythme propret d’un baywatch musical. Ici, c’est la fin de soirée. Enivrée et cocaïnée de drougs musicaux. Mr Bungle a envie de mettre du swing décalé dans les familles. En abuser absolument.