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3
sur 5

Qui a oublié Mos Def and Talib Kweli are… Black Star, l’album de Black Star sorti l’an dernier ? Car revoici Mos Def, cette fois-ci en solo, pour un premier album à porter, donc, entièrement à son crédit. Et on ne peut pas dire qu’il ait perdu la main, depuis ses premiers essais –My kung fu en 1994- et ses collaborations avec Da Bush Babees et De La Soul. Le simplement nommé Hip hop donne la mesure du talent de Mos Def, l’une des nouvelles stars de l’écurie Rawkus. Flow précis, scratch adroit, samples simples et efficaces, c’est un peu ça, la méthode Mos Def. Rien de bien révolutionnaire en apparence, mais tout à sa place, pour du rap surtout pas chiant. D’autant que le garçon sait s’affranchir des servitudes du genre pour faire parler des influences soul, funk ou… rock, comme sur le très énervé Rock n’ roll (pas si loin des Bad Brains, la parodie en moins pour ces derniers).

A ce titre, on pourra associer, par la démarche, un Mos Def et un Tricky. Celui-ci avait su se démarquer de la sphère parfois castratrice du trip hop pour créer un style propre, qui payait son tribut à tous les styles musicaux, pourvu qu’ils apportent quelque chose. C’est exactement la recette appliquée par Mos Def à Black on both sides, album riche mais sans compromis -et ce, dès le titre. Hormis la soul, dont il se revendique, il y a aussi le jazz comme influence évidente dans sa musique. Pas seulement au travers de samples ou d’ambiances, mais aussi à la manière dont certains phrasés se répondent, comme sur Do it now, où Busta Rhymes figure en guest.

Il faut aussi parler de l’excellent Umi says, un des titres les plus impressionnants de l’album, qui élève Mos Def bien au-dessus du rang de rapper doué. C’est un morceau total, où toutes les influences -hip hop, soul, pop, blues-, dûment assimilées, se rejoignent pour aboutir à une de ces fusions heureuses -avec Fender Rhodes et orgue Hammond !-, comme il en arrive rarement. C’est l’occasion pour Mos Def de se révéler chanteur -enfin presque- et pas seulement enfileur de rimes.
Ailleurs, les samples bien choisis (Brooklyn, hymne à son quartier, contient un sample de We live in Brooklyn, baby de Roy Ayers, et des paroles reprises de Under the bridge des Red Hot Chili Peppers !) côtoient la voix un peu éraillée de Mos Def pour donner un album de haute tenue, auquel il manque peut-être juste une étincelle de temps en temps, mais ça viendra, c’est clair.