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3
sur 5

Pacifiste, végétalien (une position mal aisée à défendre au pays du foie gras), prônant l’ouverture d’esprit et la tolérance, Moby prouve qu’on peut être politiquement correct sans pour autant se muer en clône de Sting le Gonflant. La force de l’ex-chantre de la techno new-yorkaise d’avant-garde réside dans sa fraîcheur, son enthousiasme à goûter à toutes les sensations musicales, quelles qu’elles soient. Son précédent album avait flirté de façon éhontée avec la première vague punk, via l’excellente reprise de That’s when I reach for my revolver des Mission of Bhurma. Ce petit nouveau s’aventure beaucoup plus loin. Au point de ressembler à une grosse partouze des genres. On imagine volontiers le lutin chauve lâché dans un magasin de disques, piochant son inspiration au hasard des rayons, décidé à satisfaire tout le monde à travers 18 morceaux, tous plus clinquants les uns que les autres.

Si la spontanéité et la sincérité de Moby sont touchantes, sa démarche n’en reste pas moins déconcertante. Aucun fil conducteur ne relie les chansons entre elles et ce qu’on prenait pour un album accessible devient vite délicat à cerner. Honey ouvre les réjouissances à coups de funk. Why does my heart feel so bad ? incarne un certain aspect des années 80, sonnant comme si les Eurythmics voulaient imiter Portishead en version formatée FM. Le chœur gospel, le piano ultra-synthétique, les arrangements et l’orchestration très plastiques sont bien au rendez-vous… South side illustre la schizophrénie générale en partant dans tous les sens, mélangeant electronica à guitares et vocaux à la David Byrne, en moins allumé. Envie d’Elton John light ? Moby a prévu Rushing et son piano en triple couche qui caresse l’oreille. Pour ceux qui n’auraient pas encore trouvé leur bonheur, le new-yorkais tente également une incursion en direction de la house, telle qu’on en trouvait sur les compilations The House sound of Chicago. Sans oublier, naturellement, le hip hop old school. Pour le grunge, il faudra repasser dans cinq ans, sans doute. Play n’a cependant rien d’un ratage et même s’il tourne parfois à l’inégal, il se laisse écouter et réécouter avec plaisir. Moby n’aurait-il pas cherché cette fois à expérimenter le commercial ?