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Au début des années 70, Fela Kuti importait en Afrique la soul et le funk américain pour créer l’afro-beat. Beaucoup de musiciens noirs américains redécouvraient alors leurs racines africaines. The Chakachas avec Jungle fever ou The Beginning Of The End avec Funky Nassau obtinrent des hits mainstream avec une musique afro-beat. Le premier gros succès « Bongo-rock » (comme son nom l’indique, un mélange de bongos et de rock), intitulé Scorpio, fut créé par le Dennis Coffey’s Detroit Guitar Band. Au même moment, les Anglais Mandingo fusionnaient exotica, african-beat et pop-rock. Mais le groupe le plus marquant de cette réappropriation occidentale de la musique percussive africaine fut le Michael Viner’s Incredible Bongo Band qui apporta au monde la quintessence du « breakbeat », en deux disques nécessaires et jubilatoires.

Cette compilation de l’incroyable Bongo Band réunit 19 titres des deux albums parus : Bongo Rock (1973) et The Return of the Incredible Bongo Band (1974). On y trouve une reprise du fameux hit de Jerry Lordan créé pour les Shadows, Apache, instrumental easy-surf de peaux tendues, d’orgue Hammond et de brass-band mélangé, avec son break central, un solo de bongos incroyablement long. Ce morceau a sorti l’Incredible Bongo Band de la confidentialité lorsqu’il fut mis à l’honneur en 1975 par le DJ new-yorkais Clive « Kool Herc » Campbell. Celui-ci utilisait le disque du groupe de Michael Viner sur une de ses deux platines pour assurer les transitions quand il changeait les disques de l’autre platine. Il appelait ça des « break-beats ». Les participants aux soirées de Kool Herc devinrent des Break-Boys et des Break-Girls, et le partenaire de Kool Herc, Coke La Rock, encourageait les B-Boys et les B-Girls à prendre le micro pour improviser pendant les break-beats. C’est ainsi qu’est né le hip-hop.

L’Incredible Bongo Rock a donc une place privilégié dans l’histoire de la musique occidentale. Mais plus que ça, il est aussi le créateur de deux disques d’un improbable mélange de jazz, rock psyché, surf-music, easy-listening, musique orchestrée, et percussions bien sûr. Menés tambour battant, ces instrumentaux, essentiellement liés à la musique populaire anglo-saxonne, se voyaient agrémentés d’incroyables soli de bongos, incroyablement long (In-a-gadda-da-vida dure 7 minutes 44), mélangeant la transe africaine à la pop US de la plus étonnante manière. Cette réédition d’un document de l’histoire de la musique est donc à considérer tant pour la descendance que le groupe a suscitée que pour les qualités intrinsèques de ses compositions : des instrumentaux à la fois primitifs et psychédéliques, que l’on peut considérer a posteriori avec l’ironie condescendante qu’on réserve à la musique dite « easy-listening », mais qui s’avèrent, à l’écoute, des productions sonores uniques et inouïes (c’est-à-dire « jamais entendues jusqu’alors »). Extrêmement recommandé.