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4
sur 5

MF Doom continue d’abreuver les bacs à raison de plus d’un disque tous les trois mois, comme en attestent les sorties de plusieurs opus à l’arrache (les séries Special blends et Special herbs) ou encore les péripéties du scientifique Viktor Vaughn avec Vaudeville Villain ou VV2 : Venomous Villain sur l’écurie Insomniac, une galette qui propose entre autres des interventions de Kool Keith ou Mars Ill en version collector. L’homme au masque de fer a également marqué l’année 2004 avec son comparse Otis Jackson sur Mf Doom & Madlib as Madvillain – Madvillainy… Il poursuit sa petite entreprise sur Rhymesayers pour un épisode intrigant, aux couleurs d’un kaléidoscope coruscant, dont les facettes sont exploitées astucieusement depuis plusieurs années. Et même si Doom à tendance à se répéter, les fans en redemandent. Car les recettes de MF sont mêlées de surprenantes confusions, comme un met favori dont on ne se lasse jamais. Il est sûr que l’indigestion guette, mais on y revient toujours. MM food est le nouvel album officiel de Doom, présenté par ce dernier comme la suite de son sublime Operation doomsday. Le cuistot y fait croiser ses compère Count Bass D (Potholerz) et Madlib (One beer), mais aussi ses productions éraflées et étalées en vrac, où il dépose sa voix si atypique, son flow à la fois rauque et fluet. Ce personnage emblématique de la scène rapologique made in US réussit à tourner en rond dans un cercle de feu qui fait exploser artifices et autres étoiles filantes. Des breaks chaleureux sont interrompus par des crissements, un cri ou une voix vient bloquer la musicalité pour que le coeur s’emballe… Un mot vil ici, une punchline dégrossie là, et c’est (re)parti. Les bandes sonores confectionnées par Doom sont toujours bancales, toujours ficelées pour que l’intrigue n’ennuie pas l’auditeur. Les rythmiques pesantes se prêtent difficilement à la fête, mais Doom sait balancer vers un minimalisme doux et des ambiances dignes des musiques de film du siècle dernier pour faire monter sa sauce.

Tout comme Doom ou Count Bass D, Adlib est amateur de blunts et de remixes, s’accaparant des accapellas pour reconstruire complètement des pièces sonores à son image. Manipulator 1.5 est un opus qui se situe dans cette lignée. Adlib aka Thavius Beck s’est fait connaître du grand public avec la récente sortie de son album Decomposition sur Mush, son premier album officiel depuis Save us en 1997. Ce membre de Global Phlowtations navigue depuis belle lurette sur la côte ouest des Etats-Unis, notamment aux côtés de Inoe et Orko (qu’on a pu croisé sur le projet NMS aux cotés de Bigg Jus). Sur fond de beats synthétiques, d’ambiances ténébreuses et autres arrangements de synthés crades et déroutés, de guitares élancés sur des synthés fuyants, Adlib déforme ici les lyrics et univers de Ghostface & Raekwon (Good times), Special Ed (version apocalyptique de Neva go back !), 50 Cent, Three Six Mafia, feu Ol’Dirty Bastard, Cee-Lo, Mobb Deep, Outkast ou encore Gravediggaz… L’occasion d’apprécier l’univers déglingué de ce petit génie, qui s’apprête bientôt à faire revivre le projet Labwaste en compagnie de Subtitle.